L`Intermède
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SCÉNARISTE, SHOWRUNNER, PRODUCTEUR, Eric Overmyer a participé à l’élaboration de séries parmi les plus marquantes de ces dernières décennies, de Homicide (NBC, 1993-1999) à Treme (HBO, 2010-2013), en passant par The Wire (HBO, 2002-2008). L'homme de télévision était à l'honneur lors de la sixième "Saison" consacrée aux séries télévisées au Festival du Cinéma Américain de Deauville. Au lendemain de la projection des trois premiers épisodes de sa toute dernière série, Bosch, une Masterclass autour des multiples facettes de l’écriture sérielle était animée par Ariane Hudelet, Maître de conférences à l'université Paris-Diderot.

Par Sylvaine Bataille, Florence Cabaret, Monica Michlin et Sarah Hatchuel

DIPLÔMÉ EN ÉTUDES THÉÂTRALES, Eric Overmyer a d’abord écrit pour le théâtre, d’où une expérience différente de celle d’autres scénaristes avec lesquels il a ensuite collaboré, tels David Simon, qui vient du journalisme, ou encore le romancier George P. Pelecanos. Overmyer a appris à écrire pour des acteurs, ce qui constitue selon lui le point de rencontre entre l’écriture télévisuelle et dramaturgique. Après un bref passage à St Elsewhere (NBC, 1982-1988), série médicale chorale où il travaille aux côtés de Tom Fontana, Overmyer rejoint l’équipe d’Homicide : Life on the Street (NBC, 1993-1999). Il y retrouve Fontana et fait la connaissance de David Simon, auteur de l’ouvrage adapté par la série (Homicide : A Year on the Killing Streets), qui constitue une enquête sur le travail de la police criminelle à Baltimore, publiée en 1991 alors que Simon était journaliste au Baltimore Sun. C’est le début d'une amitié et d'une collaboration fructueuse entre Overmyer et Simon, qui apprécient d’écrire une fiction ancrée à Baltimore et commencent déjà à évoquer une série sur La Nouvelle-Orléans, ville à laquelle ils sont tous les deux attachés.


Rapport au réel

DANS LE SILLAGE de Hill Street Blues (NBC, 1981-1987), Homicide renouvelle le genre de la série policière. L’écriture d’Overmyer s’accorde parfaitement avec le style du show et il participera en tant que scénariste puis comme producteur à cette entreprise collective déjà bien établie. À Deauville, Overmyer a dressé un parallèle entre l’enquête policière et le travail de l’auteur : il s’agit, dans les deux cas, de parvenir à un récit qui n’a pas de failles. "J'ai aimé, précise-t-il, la façon dont cette série était tournée, en 16 mm, à la caméra portée, presque sans éclairage artificiel, alors que le travail de la lumière est un véritable cauchemar quand on tourne pour la télévision." Il souligne également l’ancrage de la fiction dans le réel : overmyer, créateur, série, télé, bosch, the wire, sur écoute, treme, nouvelle-orléans, Katrina, police, enquête, télévision, format, los angeles, baltimorepour construire le mécanisme dramatique constitutif de toute série policière, les scénaristes s’inspirent d’affaires judiciaires véridiques tout autant que des techniques utilisées par les enquêteurs lors des interrogatoires.

OVERMYER PARTICIPE À L'ÉCRITURE de The Wire à partir de la quatrième saison, centrée sur le système scolaire à Baltimore, son propre travail se focalisant essentiellement sur l'intrigue politique de la saison, relativement autonome. Son intégration dans l’écriture de cette série déjà bien avancée s’est faite, explique-t-il, "avec beaucoup d’humilité et de précaution". Comme Homicide, The Wire s’inspire du travail journalistique de Simon, désormais aux commandes. Mais la structure de la série est différente, plus rigide, selon Overmyer : contrairement à Homicide, dont les épisodes hebdomadaires plus ou moins bouclés pouvaient être écrits l’un après l’autre, The Wire s’organise en chapitres, issus d’un découpage du récit effectué en amont du travail d’écriture de la saison. The Wire se caractérise aussi par l’absence de musique ajoutée en post-production, spécificité que cette série partage avec Treme. "La musique ajoutée est envahissante dans de nombreuses séries télévisées : elle dicte les pensées et les sentiments du public." Simon et Overmyer préfèrent donc créer un arrière-plan sonore aux évocations plus subtiles, par exemple des voix et des bruits suggérant une ambiance de rue.



Survie de la musique

L’OURAGAN KATRINA FRAPPE LA NOUVELLE-ORLÉANS alors que Simon et Overmyer travaillent sur la quatrième saison de The Wire. L’événement touche Overmyer de près : il habite cette ville une partie de l’année depuis 25 ans. La catastrophe sera un catalyseur dans la conception de Treme, qui devient alors un projet précis : raconter le retour à la vie de la Nouvelle-Orléans après l’ouragan. HBO se montre très vite intéressée. Selon Overmyer, Treme est une série unique en son genre, souvent très déroutante par sa combinaison d’éléments réels et fictionnels. Non seulement l’impulsion fictionnelle a été donnée par un fait réel, mais de nombreuses personnes jouant dans la série ne sont pas des acteurs mais des habitants de overmyer, créateur, série, télé, bosch, the wire, sur écoute, treme, nouvelle-orléans, Katrina, police, enquête, télévision, format, los angeles, baltimorela ville ayant vécu les événements racontés. L’histoire de la série s’est écrite avec eux, quatre ans après la catastrophe. Lors du tournage dans la ville, une expression circule parmi les Néo-Orléanais pour décrire la reconstitution de scènes qu’ils ont déjà vues, voire vécues : "Treme-jà vu."

LA PREMIÈRE SAISON met en scène le Mardi Gras qui s'est tenu juste après l'ouragan. Malgré des rumeurs d’annulation, le carnaval a été maintenu et s’est déroulé dans la vieille ville, qui avait échappé aux inondations. Ceux qui avaient quitté la Nouvelle-Orléans après l’ouragan sont revenus dans la ville en ruines, et des retrouvailles ont eu lieu. "Cela a été un moment très fort", souligne Overmyer. "Treme est une série sur les gens qui font la culture de la Nouvelle-Orléans." Dès lors, il n’était plus question d’utiliser une musique d’accompagnement, mais plutôt de capter pour l’écran la musique en train de se faire, dans des concerts live. Un véritable défi car, en général, les musiciens jouent en playback pour les scènes de concert insérées dans une fiction. Dans Treme, les musiciens sont d'abord filmés en train de jouer, pour conserver leur spontanéité, leur fraîcheur et leur créativité, puis les dialogues sont intégrés en post-production. Certains critiques ont affirmé que la musique interrompait le fil de l’histoire ; bien au contraire, selon Overmyer, elle est l’histoire. Treme pose, en effet, la question de la survie de la musique, de la façon dont elle a pu résister à l’ouragan.

INTERROGÉ SUR LE MANQUE de reconnaissance de la série, notamment au vu du peu de prix obtenus, Overmyer rappelle que Treme n’a jamais visé le grand public. Par certains aspects, le show lui rappelle Homicide : toutes deux portent sur des villes dont la population est majoritairement noire, et mettent en scène des personnages noirs. Et pour aimer Treme, Overmyer pense qu'il faut aussi s’intéresser à la musique. Une certaine lassitude autour de Katrina est un autre facteur d’explication selon le créateur. Treme a néanmoins rassemblé un public fidèle, et ce même si la série n’a pas été appréciée par tous à la Nouvelle-Orléans.



Éprouvé par la vie

DANS SA DERNIERE SÉRIE en date, Bosch, dont la deuxième saison est en cours de tournage, Eric Overmyer adapte des romans de Michael Connelly. Il s’agit d’une série "post-télévision", à l’instar de House of Cards ou de Narcos (Netflix, créées en 2013 et 2015) : accessibles uniquement en ligne, tous les épisodes sont mis à disposition des spectateurs en même temps. En outre, avant de commander une saison entière, Amazon commence par mettre en ligne l’épisode pilote afin d’obtenir des commentaires de la part des spectateurs sur lesquels le diffuseur se fonde pour finaliser ou non le projet. Dans le cas de Bosch, une fois cette étape passée, une nouvelle version du pilote a dû être tournée à partir des recommandations d’Amazon. Pourtant, Overmyer a expliqué que ces spécificités ont peu influencé son approche de l’écriture : il n’a ainsi pas souhaité jouer la surenchère sur le pilote malgré son statut crucial d’épisode-test overmyer, créateur, série, télé, bosch, the wire, sur écoute, treme, nouvelle-orléans, Katrina, police, enquête, télévision, format, los angeles, baltimoreauprès des spectateurs. Pour le reste, la principale différence est que les scénaristes n’ont pas à récapituler l'histoire d’épisode en épisode puisqu'avec la livraison de la série en une fois, le public est censé pouvoir suivre tous les épisodes de manière rapprochée, sans rappel de l’intrigue.

BOSCH PORTE LE NOM du détective Harry Bosch, héros d'une vingtaine de romans de Michael Connelly. C'est George Pelecanos, auteur de romans policiers et scénariste pour The Wire, qui a mis en relation Michael Connelly et Eric Overmyer. L'écrivain venait de récupérer les droits sur les enquêtes de son personnage culte, jusqu’alors propriété de la Paramount. L'objectif des deux hommes : travailler ensemble à une adaptation en série télévisée de l'intégralité des romans. La première saison combine ainsi les intrigues de La Blonde en béton (The Concrete Blonde, 1994), Wonderland Avenue (City of Bones, 2002) et Echo Park (Echo Park, 2006).

L’ENJEU PRINCIPAL DE CETTE ADAPTATION est le personnage de l'enquêteur lui-même, décrit dans les romans comme un homme morose et taciturne. Or le silence sied peu à la télévision. Il s’agissait aussi de faire émerger sa vie intérieure : sans livrer de façon simplificatrice sa psychologie, il fallait que la série montre comment Harry vit avec un passé traumatique. C’est d’ailleurs cet aspect du personnage qui a motivé le choix de Titus Welliver pour lui donner vie à l’écran : l'acteur devait être lui-même éprouvé par la vie. Mais Overmyer a bien précisé, lors de sa masterclass, qu'un personnage doit toujours être davantage que son passé, et qu'il ne peut pas être expliqué entièrement par celui-ci. Une part de mystère devrait toujours être préservée. Dans le cas de Bosch, certaines données du héros ont ainsi dû être changées : dans la série, il est plus jeune (la cinquantaine au lieu de la soixantaine), n'a pas fait la guerre du Vietnam mais celle du Golfe, et il est séparé de sa femme au lieu d’être veuf. Connelly s’est impliqué dans ce processus d’adaptation en proposant des idées mais aussi en jouant un rôle de garde-fou lorsqu’il avait le sentiment que les scénaristes allaient dans la mauvaise direction et attribuaient à Harry des actions ou des propos incohérents avec le personnage de papier.



Héros rétro

LA NOUVELLE SÉRIE D'OVERMYER a été tournée à Los Angeles, et donne une grande importance à cet espace qui a fasciné nombre de romanciers et de réalisateurs. Lorsque le tueur en série Reynard Waits s’échappe, la course-poursuite se termine dans le lit bétonné du fleuve Los Angeles. Ce lieu ouvert, en marge de la ville, a été vu dans de nombreux films et séries – par exemple, récemment, dans des séries aussi différentes que la Saison 2 de True Detective (HBO, créée en 2014) et Fear the Walking Dead (AMC, diffusée depuis septembre 2015). Le fleuve est également le sujet de Chinatown, de Roman Polanski (1974), film qui a fortement marqué Overmyer. Quant à Michael Connelly, c’est à Raymond Chandler, dont overmyer, créateur, série, télé, bosch, the wire, sur écoute, treme, nouvelle-orléans, Katrina, police, enquête, télévision, format, los angeles, baltimorel’œuvre est irriguée par la présence de la ville californienne, qu’il doit sa vocation d’auteur de romans policiers. L’influence du genre noir classique est palpable dans le style de la série qui, bien qu’elle se déroule de nos jours, met en scène, selon Overmyer, un "héros rétro".

S.B.F.C., M.M.S.H.
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à Deauville, septembre 2015
Article publié le 15 décembre 2015




Deauville Saison 6
Rencontre avec Eric Overmyer, animée par Ariane Hudelet
Interprète : Massoumeh Lahidji
Samedi 12 septembre 2015

Bosch, série américaine d'Eric Overmyer
Avec Titus Welliver
Disponible sur Amazon
2015

Ariane Hudelet est Maître de Conférences à l'Université Paris Diderot, membre du groupe de recherche sur les séries télévisées GUEST-Normandie

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