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L'Interlude du jour

 
 
L’américaine Elizabeth Miller, dite Lee Miller (1907-1977), vit multiples vies. Jusqu’au 2 août 2026, le musée d’Art Moderne de Paris, en collaboration avec la Tate Britain et l’Art Institute of Chicago, présente la plus importante rétrospective consacrée à Lee Miller en France depuis vingt ans. Mannequin, puis photographe de mode et enfin correspondante de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale, elle déploie son art sous plusieurs formes. 
Elle se se consacre à la photographie de guerre, vocation à laquelle est donnée une large place dans l’exposition. Le Musée d’Art Moderne de Paris consacre à l’artiste un ensemble imposant réunissant ses photographies, mais aussi certains portraits d’elle au début de l’exposition, et d’extraits de ses collaborations avec la presse. Des nombreux portraits de ses amis surréalistes aux paysages égyptiens marqués par le mouvement de la Nouvelle Vision, jusqu’aux clichés des réalités de la guerre en passant par l’audacieuse photographie d’elle dans la baignoire d’Adolf Hitler dans son appartement à Munich en 1945, la pratique de la photographie de Lee Miller est en évolution permanente pendant son vivant.

Par Ella Grober
 
New York, Paris, Le Caire, Londres. La photographe Lee Miller a le goût de l’aventure, comme le montre son parcours de vie et de carrière mouvementé.    De ville en ville, de mannequin à photographe, de la documentation de la mode à celle de la guerre, elle ne cesse de se réinventer, et frôle le surréalisme à de nombreux moments de sa carrière. La jeune Elizabeth Miller obtient son premier appareil photo à  l’âge de dix ans, et ne perd pas l’habitude de s’en servir. Photographier devient le synonyme d’immortaliser, ainsi que de mémoriser. Ces fonctions qu’elle attribue à son art sont mises en valeur dans cette exposition. D’abord devant, puis derrière l’objectif, le parcours chronologique en même temps que thématique de l’exposition permet de suivre l’évolution de la pratique artistique de Lee Miller. On l’y voit dans les rues de New York, repérée par le patron de presse Condé Nast, marquant son début de carrière comme mannequin. L’exposition met en avant sa contribution au magazine de mode Vogue menant à sa rencontre avec Edward Steichen, photographe américain d’origine luxembourgeoise, qui lui ouvre les portes de la photographie professionnelle. Dès lors, sa carrière connaît une ascension continue.
 
Une femme combattante 

Mais l’exposition n’est pas seulement une présentation biographique linéaire. Elle porte sur ses combats et sur la question de la femme. En effet, militante pour ses droits en terme de profession et d’identité, c’est tout d’abord sur son statut de femme que l’exposition met l’accent. Née Elizabeth, elle opte pour un prénom unisexe, et, avec ses cheveux courts, incarne l’image de la femme moderne et émancipée. Cette image contribue à l’associer à une certaine androgynie, qu’elle adopte symboliquement en refusant d’être soumise aux limites sociales dressées aux femmes. Après les frivolités de ses débuts de mannequin, de nouvelle muse entre New York et Paris, et de son travail dans le domaine de la mode, elle aspire à donner à son art une portée plus engagée. 

Cette portée plus engagée, on la découvre au fil de l’exposition. Elle est particulièrement apparente dans la partie consacrée à ses reportages de la Seconde Guerre mondiale. Son opposition à l’idéologie nazie nourrit sa détermination, et elle devient une des premières correspondantes de guerre féminine. L’exposition finit sur cette note en citant Lee Miller ; elle demande de se faire traiter comme l’un des soldats, afin d’échapper aux conventions sociales et d’accéder aux zones de combats. 

Lee Miller n’obtient l’accréditation par les États-Unis pour accéder aux zones de bataille qu’en fin de l’année 1942, mais cet accès n’est garanti qu’en juillet 1944. Ses nombreuses photographies exposées datant de l’année 1945 montrent les moments de profond désespoir, ainsi qu’un sentiment répandu d’euphorie mêlée à de la désillusion suite à la Libération. L’exposition met en valeur la photographie de Lee Miller comme étant un témoignage du mal et de son absurdité, de la lutte et de la mort.  Son rôle de femme combattante est non seulement souligné dans son travail artistique, mais aussi en compagnie  notamment du photographe David Scherman, avec lequel elle forme un couple de correspondants de guerre, ainsi que plusieurs rares femmes photographes. 

Accompagnée des cinq autres correspondantes de guerre de l’armée américaine en Europe, dont Margaret Bourke-White et Tania Long, Lee Miller refuse de céder. Équipée d’un appareil photo d’une grande simplicité ainsi que d’une machine à écrire portative, elle rejoint le front de Normandie en 1944. Le rôle d’une telle photographe et reporter est sous-jacent tout au long de l’exposition dédiée à Lee Miller. De la description à la documentation des évènements, l’exposition montre que cette forme d’engagement se fait à la fois à travers la photographie et l’article écrit. Les photographies de Lee Miller participent à l’article, c’est ainsi que se créé un dialogue entre le visuel et l’écrit au sein de la presse. La partie de l’exposition consacrée à son implication dans la photographie de guerre met en avant son témoignage des ruines et la misère dans la ville de Londres pendant une période marquée par le Blitz, c’est-à-dire les bombardements aériens de l’armée allemande sur le Royaume-Uni, en particulier sur la capitale, qui ont causé la mort de plus de 40.000 civils. Lee Miller capture l’atmosphère de confusion et d’horreur qui règne dans la ville et explore l’absurdité des bombardements subis par les Londoniens. Accéder au point culminant du conflit en tant que femme était tout à fait inhabituel et a permis à Lee Miller de se démarquer, et d’y prôner le travail des femmes. 

Rendre hommage aux femmes engagées dans la guerre est un des objectifs de Lee Miller. 
La section de l’exposition intitulée « Sombre gloire » l’illustre bien. Cet hommage est rendu à travers de nombreux portraits, réalisés au fil des années par Lee Miller, de femmes en action : Technicienne de radio aéroportée, pilote du Women’s Royal Naval Service (WRNS), plieuse de parachutes de la Royal Naval Air Station Yeovilton, au Royaume-Uni. Le premier article signé Lee Miller, publié dans le Vogue britannique en 1943, en tant que photojournaliste s’intitule « American Army Nurses », soulignant sa volonté de faire part du quotidien des femmes impliquées dans la Seconde Guerre mondiale. La contribution de Lee Miller dans la représentation de la réalité de la guerre et de ses acteurs est mise en 
lumière dans la présentation de cette œuvre au Musée d’Art Moderne de Paris. Le reportage marquant de Lee Miller révèle le travail exténuant des infirmières de l’armée américaine, notamment à travers sa photographie intitulée « Gants chirurgicaux », issue de l’année 1943. Le titre d’une simplicité frappante et la position de l’infirmière au centre de l’image témoignent de son désir de mettre en avant les femmes combattantes à leur manière. Le témoignage visuel de Lee Miller et l’exposition de ses portraits de femmes, tous en noir et blanc, font ressortir le quotidien et la force singulière de ces femmes à 
participer aux évènements qui ont ébranlé le cours de l’histoire humaine. 


Un témoignage du réel 

« I usually don’t take pictures of horrors », dit la photographe en parlant de son œuvre. Cependant, elle transgresse cette limite dans le contexte des atrocités de la guerreauxquelles elle est confrontée désormais jour et nuit. La section intitulée « Sur le front »en fait l’objet. Son appareil photo, du nom technique de Rolleiflex, n’a pas de téléobjectif. Alors forcée à se rapprocher de ses sujets, Lee Miller se rapproche ainsi de la réalité des faits. Les œuvres choisies pour cet hommage à la photographe américaine illustrent son observation de très près la life des citoyens pendant la guerre. La violence, les villes en ruines et les pénuries auxquelles sont confrontées de nombreuses populations sont au cœur de son œuvre et de l’exposition. Les ruines de Saint-Malo, l’opéra de Vienne en grande partie détruit, ainsi que le suicide d’une famille d’un dignitaire nazi à l’approche de l’armée américaine à Leipzig sont comprises dans les clichés pris par Lee Miller en suivant les Alliés à travers l’Europe. 

Les abominations que Lee Miller voit aux camps de concentration nazi de Buchenwald, près de Weimar, ainsi que celui de Dachau, situé près de Munich, infléchissent sa position. Elle s’y rend fin avril 1945 peu de temps après la libération des survivants. À travers ses photographies des immédiats d’après-guerre, elle partage, en tant qu’une des premières journalistes y ayant accès, la dure réalité au sein des camps de concentration. C’est dans ce climat qu’elle se rend à Paris en 1945 pour couvrir la Libération. Les « horreurs » des camps qu’elle capture sont, dans le cours de l’exposition, présentés dans la section intitulée « C’est pourtant vrai! », une section portant un avertissement vu les contenus très explicites et violents des photographies exposées. L’insistance sur le vrai reflète le dessein de la photographe de dépeindre la réalité dans son état le plus brut. Les conséquences des persécutions de masse, la condition physique alarmante des survivants, une pile de cadavres ; tout se retrouve dans ses clichés. 

Lee Miller utilise son art pour sensibiliser son public. Cette sensibilisation est aussi une confrontation directe. Sa documentation du quotidien des pays en guerre ainsi que des conséquences de l’extrême violence des conflits est un témoignage du réel. Un réel qui a touché l’Europe, et au-delà.

Ella Grober
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le 26 Juillet 2026


Lee Miller - Exposition

Jusqu'au 2 Août 2026
Musée d'art Moderne de Paris - MAM
11 Avenue du Président Wilson 75016 Paris 


Tél.: +33 1 53 67 40 00 
plein tarif: 17€ / tarif réduit: 15€ / Gratuit: - 18 ans / Tarif combiné avec l’exposition Brion 
Gysin: 18€ / 20 €
Horaires du mardi au dimanche: de 10h à 18h, Nocturne le jeudi jusqu’à 21h30
 
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