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alban richard, chorégraphe, danse, ballet, création, portrait, biographie, parcours, interview, rencontre, compagnie, spectacle, tournéeAlban Richard, obstiné libre
Infatigable créateur, Alban Richard développe depuis plusieurs années une danse où l'interprète est au coeur de l'oeuvre, et le spectateur invité à stimuler en permanence son imagination à partir des mouvements métronomiques et partitions mathématiques exécutés sur scène. Rencontre avec un chorégraphe qui élabore une gestuelle millimétrée pour, paradoxalement, libérer l'imagination.


De sa double formation en Lettres modernes et au conservatoire de musique, le chorégraphe, danseur et pédagogue français Alban Richard a gardé un goût prononcé pour les frontières poreuses entre les arts, créant une danse pétrie d'autres disciplines. Dans Blood Rose, en 1999, il travaille ainsi à partir du livre de Gilles Deleuze Le pli, Leibnitz et Le Baroque, et fait jouer sur scène des pièces de clavecins d'Henry Purcell. L'année suivante, Richard fonde l'ensemble L'Abrupt, qui fait dialoguer la danse avec la musique, l'écriture, l'art plastique, mais aussi le discours. Au cours de la décennie, il creuse ainsi ce sillon hybride, avec des créations telles que Sous surveillance, Disperse, As far as, sans oublier son dernier ouvrage, le triptyque Trois études de séparation : Lointain-Luisance-Lacis. En plus d'être chorégraphe, Alban Richard est interprète pour Rosalind Crisp, Olga de Soto ou encore Odile Duboc, dont il hérite de nombreuses qualités et textures.

Ce n'est cependant pas en suivant ses premiers maîtres que le chorégraphe construit sa pensée : ''Odile Duboc et moi étions très différents sur notre conception de la création ; elle aimait à dire qu'elle partait d'une page blanche. A l'inverse, j'ai plutôt l'impression de partir d'une page trop pleine, trop grisée, qu'il me faut gommer au alban richard, chorégraphe, danse, ballet, création, portrait,
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tournéefur et à mesure.'' Ce qui importe avant tout, chez Richard, c'est l'idée du processus de création. Au fil de son répertoire, il semble progresser avec la notion de cadre chorégraphique. Dans son duo Luisance, par exemple, il écrit une partition entière ; dans les oreilles des danseuses, on peut entendre le rythme d'un métronome, durant lequel sont annoncés des numéros de positions. La complexité de la partition, avec des principes d'accumulation (1.2./1.2.3.4/1.2/1.2.3.4/1.2.3.4.5.6/1.2/...), de tuilage - les danseurs s'exécutent à tour de rôle, celui qui prend la suite répétant les derniers gestes du précédent - ou de ralentissement, est ainsi partie prenante de son écriture. Processus de création qui n'est d'ailleurs pas exempt de l'influence de la pionnière de la post-modern dance, Trisha Brown… On pourrait dire d'Alban Richard qu'il est un chorégraphe mathématique, conceptuel. Pourtant, dit-il en citant Merce Cunningham : "je ne suis pas un chorégraphe abstrait, puisque le corps, c'est du concret." Il collabore ainsi depuis le début des années 2000 avec Nathalie Schulmann, analyste du corps dans le mouvement dansé, qui apporte au chorégraphe comme des "solutions" corporelles, de nouveaux outils anatomiques pour armer les interprètes face à leurs innombrables contraintes.
 
La trame chorégraphique à laquelle recourt Alban Richard est surtout un moyen de faire émerger ses interprètes au coeur de l'oeuvre. Des consignes leur sont imposées, qui ''permettent aux spectateurs de regarder des personnes en train d'agir et de révéler les individus qui traversent la pièce". L'une de ses danseuses, Laurie Giorgiano, parle ainsi du duo Luisance comme une nécessité de convoquer trois cerveaux à la fois tant il y a de consignes... ! Alban Richard, lors de sa conférence au forum du Blanc Mesnil, en novembre 2009, parlait bien du corps comme d'une foule, avec une multitude de rythmes différents qui doivent réfléchir sur leur dissociation. En amont de l'écriture, le chorégraphe invente des dispositifs d'improvisations, et donne ainsi l'occasion à l'interprète de ''renouveler, de re-questionner ses habitudes toniques, posturales, rythmiques, spatiales'', d'inventer un nouveau langage et de nouvelles coordinations pour chaque pièce.
 
Avec une écriture détaillée du temps (prompteur, métronome…) Alban Richard met en avant des décalages, et une découpe rythmique infinie. Elle permet "la perte de repères temporels chez le spectateur. Elle agrandit les possibilités de jeu et de trouble avec le public", poursuit-il. Et travailler la temporalité effective influe sur celle ressentie par le public. La démarche de Richard invite à lire l'action du spectacle, à se prêter au jeu de la déduction, à révéler les subterfuges de la création : "Je considère être au théâtre. Je peux donc jouer avec tous les artifices possibles tout en montrant que tout cela n'est que du théâtre..." Son oeuvre travaille ainsi à ce que le spectateur alban richard,
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Par ailleurs, le chorégraphe s'interroge sur les moyens d'investir des corps dans des procédés abstraits comme le palindrome, la mutation ou la variation : "Comment trouver l'équilibre entre le concept (la répétition, l'absence de développement, l'absence de narration…) et le geste qui tient en haleine ?" Pour stimuler l'imaginaire du spectateur, il faut donc à Alban Richard travailler le processus en sorte qu'il devienne impressionnant, lui qui "se fiche de la narration. Ce qui est important c'est l'émotion corporelle, spatiale, sa durée : du spectaculaire…'' C'est le scénario du corps en train de muter qu'il faut faire partager : convoquer des émotions, mais laisser le spectateur libre de les développer. En travaillant directement le matériel émotionnel, on imposerait une seule vision du spectacle, totalitaire. A l'inverse, son oeuvre recherche une liberté poétique : "C'est la notion même d'émancipation intellectuelle, l'intérêt étant d'arriver à construire un spectacle qui ne soit pas de la pédagogie abrutissante, tout en gardant en tête le fait que chaque spectateur, s'il le veut, va s'emparer des matériaux pour construire son propre poème. Révéler, redonner confiance en l'imaginaire de chacun pour créer de la liberté de pensée." Et passer ainsi du poétique au politique.
 
Tatiana Julien
Le 15/05/10
 
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Alban Richard, ensemble L'abrupt
Toutes les informations sur la troupe
sont disponibles sur leur site officiel.

Prochaines représentations :
Luisance Comédie
,
Clermont-Ferrand, les 25, 26 et 27 mai 2010

Trois études de séparation : Lointain-Luisance-Lacis
Biennale de la danse, Lyon, les 22, 23, 24, et 25 septembre 2010












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Crédits et légendes photos
Vignette sur la page d'accueil : Lointain
© Yvan Clédat
Photo 1 Portrait d'Alban Richard
© Yvan Clédat
Photo 2 Lointain
© Yvan Clédat
Photo 3 As far as © Jérôme Boulaud
Photo 4 Disperse © Jérôme Boulaud