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L`interlude du jour

 
 
 
 
 
les particules elementaires, michel houellebecq, julien gosselin, theatre de lodeon, mai 68

CRÉÉE EN 2013 au Festival d'Avignon, Les Particules élémentaires est la première adaptation théâtrale française du roman de Michel Houellebecq paru en 1998. À moins de trente ans, le metteur en scène Julien Gosselin a relevé l'ambitieux défi de transposer au plateau une oeuvre dense, mêlant poésie et réflexion, et de s'attaquer par là même à l'un des plus sulfureux écrivains de notre époque. les particules elementaires, michel houellebecq, julien gosselin, theatre de l`odeon, mai 68C'est la richesse de cette narration à la fois froide, lucide, emplie de lyrisme et de philosophie qui a poussé Julien Gosselin à s'emparer de ce texte, dans une mise en scène qui ouvre cette année la saison du théâtre de l'Odéon.

Par Emilie Combes
 
QUESTIONNER à travers Houellebecq l’héritage soixante-huitard, les avancées de la science, la problématique du vieillissement, de la séparation ou de la misère sexuelle, c’est ce que Gosselin parvient à incarner sur scène. Il emploie pour ce faire divers moyens multimédias, propres au théâtre contemporain et aux collectifs, afin de mettre en valeur l’écriture polyphonique du roman : adresse face public, prédilection pour le théâtre-récit et narrations au micro, prédominance de l’image vivante ou filmée en direct, projection d’extraits de l’œuvre romanesque, lumières blanches, contrastées, utilisation importante des noirs, loin des univers colorés à la Bob Wilson, et un son parfois très violent – au point que l’on vous propose des bouchons d’oreille à l’entrée –, avec prédominance de basses vibrantes, à l’instar de Thomas Joly. La musique, qui accompagne les répliques ou souligne certains passages de la narration, est jouée en live. Le résultat est une fresque de 3h50, qui se distingue par sa "nonchalance clinique", à la fois drôle et ironique, parfois émouvante et finalement passionnante.


Arène scénique

DÈS L'ENTRÉE DU SPECTATEUR, le plateau dévoile une sorte de "ring" rectangulaire, surplombé sur les côtés par des estrades, musique et régie à vue, comme autant de petites scènes additionnelles ou espaces de pause pour les acteurs. les particules elementaires, michel houellebecq, julien gosselin, theatre de l`odeon, mai 68Au milieu, un rectangle de pelouse  verte, auquel se substituera, dans la seconde partie, un sol nu. En fond de scène, un grand écran où se succèderont la retransmission de scènes tournées en direct, les titres des épisodes, le nom des personnages, quelques repères pour expliquer l’histoire familiale, ou encore des extraits du roman. Cette pluralité de moyens dramaturgiques, bien que parfois critiquée comme étant superflue, permet ici de mettre en valeur les comédiens, de rythmer la pièce, tout en révélant les différentes lignes narratives du texte.
 
PARMI LES COMÉDIENS, le spectateur identifie rapidement Houellebecq lui-même, incarné par Denis Eyriey. Même coupe de cheveux, même posture voûtée et surtout même gestuelle, caractérisée par cette manière si particulière de fumer en coinçant la cigarette entre le majeur et l’annulaire. L’auteur – ou du moins son avatar – prend la parole au cours de la pièce, et reprend notamment le prologue et l’épilogue du roman. Chacun leur tour, seuls, ensemble ou accompagnés, les deux protagonistes vont descendre les marches pour se placer au centre et raconter leur histoire face au public et sous les yeux de leur "créateur", Houellebecq, qui ne cesse de garder un œil sur ses protagonistes.


Trajectoires doubles

LE ROMAN SUIT LE PARCOURS de deux frères, Bruno et Michel, un professeur de littérature obsédé par le sexe et un chercheur visant à faire de l’humanité une "espèce apparentée, reproductible par clonage et immortelle". Ils sont tous deux nés dans le premier tiers des Trente glorieuses et vivent leur adolescence avant mai 68 où ils entrent dans l’âge adulte. les particules elementaires, michel houellebecq, julien gosselin, theatre de l`odeon, mai 68Les trajectoires de leurs deux vies sont étudiées psychologiquement, sociologiquement, historiquement, peu avant leur naissance et jusqu’à leurs fins respectives. Tous deux ont un sérieux problème avec l’amour, mais pour des raisons contraires : l’un ne cesse de le rechercher, l’autre ne sait y répondre. Annabelle, la plus belle fille du lycée, ne cache pas ses sentiments pour Michel, qui lui, semble ne pas en avoir conscience et passe à côté de sa vie. Pour Bruno, c’est l’inverse. Son besoin d’être aimé semble irrépressible mais l’amour ne lui est pas donné. Il trouvera, mais un peu tard, en Christiane, la partenaire tant espérée.
 
POUR AUTANT, CE N'EST PAS TANT LA QUESTION de la sexualité ou de l’amour mais plutôt celle de la survie de l’Espèce et par la même l’angoisse de la mort, qui anime les deux personnages. Michel Houellebecq tente de réfléchir aux limites de l’action de la civilisation sur l’homme, au déterminisme biologique, et dès lors, aux conséquences anthropologiques possibles de la déconnexion entre sexualité et reproduction. Derrière le questionnement de l’héritage de mai 68 et de ses idées libertaires, c’est surtout la tyrannie de "l’ère de l’individualisme libéral" aboutissant à la dégénérescence d’une civilisation, qui est remise en question.



Épopée polyphonique
 
LE THÉÂTRE DE JULIEN GOSSELIN privilégie la polyphonie des voix et l’intensité des présences. Sur le plateau, l’ironie houellebecquienne, "le sel de son écriture", résonne et circule à travers les corps de dix acteurs, à la fois narrateurs et personnages. Sans guère d’attributs, ils donnent corps à la perception quelque peu désespérée de l’auteur et à cette ironie qui, "comme un élément atmosphérique" imprègne et colore les analyses de Houellebecq, jusqu’à créer au sein du texte un mouvement de bascule entre plusieurs registres.
 
L'ASPECT PROVOCATEUR de l’œuvre semble en partie s’évaporer au contact du théâtre. Les thèses machistes, politiques, ou qui frôlent le racisme sont dépassées par la transposition théâtrale, où l’on oublie la provocation qu’un lecteur prendrait pour celle de Houellebecq car sur scène, la parole est prise en charge par les personnages, et entre donc dans un rapport fictionnel. Le versant parfois brutal et dénué de poésie de l’œuvre s’entremêle à une dimension plus lyrique, et la réussite de l’adaptation de Gosselin est de susciter chez le spectateur un va-et-vient entre mélancolie et rire libérateur. Le tout prend la forme d’une grande épopée désenchantée, d’une "lamentable histoire, mais racontée sur fond d’avenir radieux".

 
E. C.
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à Paris, le 21 septembre 2017


Les Particules élémentaires, de Michel Houellebecq
Jusqu’au 1er octobre 2017
Adaptation, mise en scène et scénographie Julien Gosselin,
avec Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Carine Goron, Alexandre Lecroc-Lecerf, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Geraldine Roguez, Maxence Vandevelde
Théâtre de l’Odéon, Paris 6ème.
Mar-sam : 19h30
Dim : 15h
Relâche les dimanche 17 et mardi 26 septembre.
Tarifs : de 6 à 40€
Rens. et réservations : http://www.theatre-odeon.eu/fr/2017-2018/spectacles/les-particules-elementaires
 
Tournée 2017 :
DeSingel - Anvers, les 11 et 12 novembre,
Festival Romaeuropa - Rome, les 18 et 19 novembre,
Grand Théâtre - Luxembourg, les 24 et 25 novembre,
La Coursive - La Rochelle, les 30 novembre et 1er décembre,
Théâtre National - Bruxelles, du 5 au 9 décembre,
Le Volcan - Le Havre, 13 décembre,
Le Phénix - Valenciennes, les 20 et 21 décembre



 
Crédits photos : © Simon Gosselin



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