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À L'ORÉE DU MOYEN-ÂGE, alors que s'effondre l'Empire romain d'Occident, un groupe de Francs gagne de l'influence sur le territoire de Gaule et y fonde une première dynastie royale. C'est le début de trois siècles de règne mérovingien et d'une époque que l'on a un peu vite revêtue des oripeaux de la "barbarie", allant jusqu'à la taxer de pauvreté intellectuelle, artistique et technique. L'exposition que lui consacre en ce moment le musée de Cluny permet d'en redorer quelque peu le blason : de manuscrits en objets précieux, elle nous propose un voyage dans une civilisation qui - ces traces en témoignent - ne manquait ni de savoir-faire ni de ressources spirituelles.
 

Par Gary Laski 

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L'EXPOSITION NOUS VIENT comme un grand coup de frais venu du passé. Une brise salutaire. À l’évidence, nous ne partageons plus pour le Moyen Âge le mépris des auteurs de l’ère moderne (1492-1789). Heureusement, le romantisme, puis l’archéologie, sont passés par là et il n’y a plus que quelques scénaristes américains – c’était un thème récurrent dans la série télévisée SG-1 par exemple – pour croire encore que cette période a été celle d’un effondrement de la civilisation. 

EN RÉALITÉ, LE MOYEN ÂGE tel que les sources nous permettent désormais de l'envisager a moins été une période de transition que de construction de l’Occident. Après les invasions germaniques, qui eurent raison de l’Empire romain d’Occident, l’Europe restait à construire. Elle n’était que forêts et marécages. La civilisation, ce n’était encore que la Méditerranée. Cette exposition, dédiée à une époque méconnue que précède encore mauvaise réputation, nous permet de revenir sur une part de notre histoire, ancienne, obscure, mais aussi complexe qu’instructive. 


 
Vie et mort d'une dynastie
 
À LA FIN DE L'EMPIRE ROMAIN, nous explique-t-on tout d’abord, la démographie déclinante et les impôts trop élevés ont fait s’effriter l’administration. En Gaule, notamment, on fait de plus en plus appel aux peuples germaniques voisins pour assurer la sécurité des frontières. Au point que finalement, quand l’État s’effondre, ce sont les plus puissants d’entre eux, les Francs saliens, qui s’emparent du pouvoir. À leur tête, une dynastie qui fut celle des premiers rois de France : les Mérovingiens. Un trait qui faisait leur originalité causa également leur chute : à la mort de chacun des rois, le royaume était démembré et réparti entre les différents prétendants au trône, qui se faisaient la guerre jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Cela n’empêcha pas les Mérovingiens, partis de la Belgique actuelle, maîtres de la France, de conquérir également toute l’Allemagne de l’Ouest. Ce fut une période de batailles incessantes. Les villes se fortifièrent, rétrécirent, devinrent sales, polluées. Les conflits, qui reprenaient régulièrement, rendaient les routes périlleuses. De fait, la dynastie des Mérovingiens dura tout de même du sacre de Clovis, que l’on fixe un peu arbitrairement en 493, à l’avènement de Pépin le Bref, père de Charlemagne, en 751.
 
Une période sombre et mythique

MAIS TOUT EN S'EFFORÇANT de restituer les faits, l'exposition s’attache aussi à décrire les représentations ultérieurement projetées sur cette époque perçue comme fondatrice de l’histoire de France. temps merovingiens, musee de cluny, musee national du moyen age, moyen age, manuscrits, orfevrerie, rois faineants, francs saliens, gaule, dagobert, childeric, clovis, clotaire, chilperic, clodomirLes siècles suivants ont en effet beaucoup fantasmé sur la sauvagerie de la période mérovingienne. Même si c’était parfois pour en rire, comme en témoigne encore aujourd’hui la chanson du roi Dagobert. Le dit monarque, que l’on ne connaît plus désormais que par le refrain peu flatteur qui lui est associé, a pourtant été l’un des plus grands souverains de cette période, noyée sous les noms de rois charmants tels que Clotaire, Chilpéric, Childéric ou l’immanquable Clodomir. On se souviendra aussi de la rivalité entre les deux reines, Brunehaut et Frédégonde, qui apporta cinquante ans de division au royaume, l’une finissant par attacher les cheveux de l’autre à la queue d’un cheval lancé au galop. On retrouve ces deux personnages historiques au centre de la Légende de l’or du Rhin, ce qui marque le rôle fondateur, sinon civilisateur qu’a eu la monarchie mérovingienne pour les peuples du centre et du nord de l’Europe.  

RESTE QU'À FORCE DE BATAILER entre frères, le personnel royal vint à manquer, et ce furent des vassaux des Mérovingiens, les Carolingiens, alors maîtres du palais, qui finirent par prendre le pouvoir. D’abord Charles Martel, vainqueur de la bataille de Poitiers, puis Pépin, père de Charlemagne, qui demanda au Pape de prendre la place des rois que la légende appela rétrospectivement « fainéants ». Cela viendrait de la coutume mérovingienne de se déplacer en chars à bœufs, symbole inspiré de vieux rites païens. Eginhard, l’historiographe de Charlemagne, n’a exposé cette coutume que pour lui opposer l’image de l’empereur très chrétien, héritier de l’empire romain, toujours à cheval et en guerre contre les païens, et non contre ses propres frères. 
 
Créations multiples

LE GRAND MÉRITE de cette exposition est de nous montrer les Mérovingiens sous leur aspect le plus raffiné. Exit, donc, l’aspect brutal et barbare des rois francs, qui abandonnèrent d’ailleurs bien vite leur dialecte germanique pour adopter la langue gallo-romaine, ancêtre du français. temps merovingiens, musee de cluny, musee national du moyen age, moyen age, manuscrits, orfevrerie, rois faineants, francs saliens, gaule, dagobert, childeric, clovis, clotaire, chilperic, clodomirÀ l’entrée de la grande salle qui abrite l’exposition, on peut admirer des colonnes d’un style corinthien très tardif, qui certes n’a pas la finesse des chapiteaux grecs et latins, mais montre un savoir-faire manifeste. Plus loin, on peut voir des gardes d’épée incrustées de grenats, dont un motif de croix lobée, qui devint six ou sept siècles plus tard, le symbole même du style gothique.

LA CRÉATIVITÉ DES FRANCS n’est donc plus à prouver : ils n’ont pas seulement interprété les arts antérieurs, ils ont également innové. Le trône doré de Dagobert, dont les multiples restaurations masquent l’antiquité véritable, est un chef d’œuvre de mécanique. Les livres sont d’une beauté et d’une qualité étonnante, encore inédite à cette époque. Les sarcophages et l’orfèvrerie, si elles manifestent un léger recul par rapport à la mosaïque romaine du point de vue de la figuration, n’en restent pas moins remarquablement expressives. Mais c’est aussi dans le domaine de la métallurgie que les Mérovingiens ont surpassé l’Empire romain. Les forgerons germaniques savaient durcir le fer par adjonction de manganèse, et maîtrisaient le corroyage. On trouve donc encore des lames datant de cette époque, bien que fragmentaires. Enfin, une couronne d’or ornée de pierreries, servant pour les sacres, véritable chef d’œuvre, ne peut que susciter l’admiration du spectateur. 
 
Sublimer l'humilité

À L'ÉVIDENCE, nous voyons là le meilleur de cette époque, encore pauvre matériellement. La Gaule antique, riche du commerce avec les Grecs, les Phéniciens et les Étrusques, ne profita pas longtemps de la paix romaine, et finit par s’appauvrir, à mesure que le centre du pouvoir se décalait vers l’est. De sorte que du temps des Mérovingiens, l’Europe occidentale restait très dépendante de Byzance pour le commerce et l’or, mais aussi du point de vue du style. C’est pourquoi le vêtement mérovingien mélange l’habit rustre, quasi-militaire, avec des tuniques byzantines, reliquats lointains des toges de l’ancienne Rome. De même que le trône de Dagobert ressemble aux chaises de la curie romaine – avec une touche gothique qui n’est pas étrangère à ses mystérieuses restaurations.

L'EXPOSITION RÉSERVE ENCORE quelques autres surprises que le visiteur aura le loisir de découvrir sur place. Le voyage en vaut la peine. Toutes les périodes de troubles ne sont pas nécessairement barbares. Ce qui n’est pas non plus sans redonner confiance dans l’avenir. C’est cela aussi, le Moyen Âge. 

 
G.L.
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A Paris, le 9 janvier 2017
 
Les Temps mérovingiens
Jusqu'au 13 février 2017
Musée de Cluny
6 place Paul Painlevé - 75005 Paris
Tlj sauf le mardi, 9h15-17h45
Plein tarif : 9 € ; Tarif réduit : 7 €
Rens. : 01.53.73.78.00
 


 
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