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L`interlude du jour

 
 
 
 
 
Fernando Arrabal, Marcos Malavia, Mathieu Cabiac, Cartoucherie, Théâtre de lEpée de bois, Le château des Clandestins, Le château de Quechuas, Pique-nique en Campagne, Le Panique, Roland Topor

DANS
LA VEINE DU THÉÂTRE PANIQUE, Le Château des Clandestins, pièce écrite par Fernando Arrabal en 2009, a été confiée par l'auteur lui-même au metteur en scène et acteur Marcos Malavia pour sa première création en France à la Cartoucherie. Si ce dernier, directeur de théâtre sud-américain, s'est tourné vers le théâtre d'Arrabal qui a voulu montrer "l'inutilité d'édicter l'art et la production artistique", c'est qu'il est pour lui l'un des auteurs majeurs de la dramaturgie contemporaine, et qu'il a simplement "toujours eu envie de comprendre et de pouvoir interpréter un des ses textes".

Par Émilie Combes 

IL Y A 50 ANS, Fernando Arrabal créait avec Alejandro Jodorowsky et Roland Topor le groupe Panique. Pour le dramaturge, le Panique est une "manière d’être", "régie par la confusion, l'humour, la terreur, le hasard et l'euphorie" (Panique, Manifeste pour le troisième millénaire). Tels sont les grands thèmes qui bâtissent le théâtre de ce dramaturge, nourri de l'héritage de Lewis Carroll et de son monde magique rempli d'innocentes perversions, mais aussi de Sade, Kafka, Beckett, Artaud ou encore Alfred Jarry, qui a cassé le moule du théâtre conventionnel. Pour Arrabal, le théâtre est l'art total par excellence, capable d'englober toutes les facettes de la vie, y compris la mort, et dans lequel humour, poésie, fascination et confusion ne font plus qu'un. Dès lors, l'art Panique se caractérise par le désordre, une certaine brutalité amoureuse et, surtout, une part immense de démesure et de rêve.


De l'intrigue

CHEZ ARRABAL, comme chez de nombreux autres dramaturges du théâtre moderne et contemporain, la poétique théâtrale, les jeux de langage et les effets produits sur le spectateur prennent le pas sur l'intrigue. La trame narrative est donc des plus simples : Lerry, une duchesse d'un temps qui semble révolu, garde à l'intérieur d'un château un groupe de clandestins qu'elle refuse de livrer à la police et au Fernando Arrabal, Marcos Malavia, Mathieu Cabiac, Cartoucherie, Théâtre de lEpée de bois, Le château des Clandestins, Le château de Quechuas, Pique-nique en Campagne, Le Panique, Roland ToporMinistre de l'immigration, motivée par l'amour charnel et sensuel qu'elle éprouve pour leur chef. Pendant un peu plus d'une heure, l'acteur, seul humain sur scène, se livre avec fougue, frénésie et allégresse à une sorte de gigantesque monologue entrecoupé de scènes dialoguées révélant la vie de Lerry comme "un roman plein d'hallucinations, d'amours, et de mystères".

APRÈS UNE ENTRÉE PÉTULANTE et tourbillonnante par le fond de la salle de théâtre au son d'une musique hispanique, le personnage, en connivence avec les spectateurs, évolue au sein de ce qui s’apparente à une ancienne chambre aux accents aristocratiques, "transformée en capharnaüm telle une poubelle renversée". Bien que Lerry, par sa naïve joyeuseté perpétuelle, fasse oublier un temps à ceux qui la contemplent qu'elle est bel et bien enfermée, elle décrit elle-même ce lieu comme un espace "clos", séparé de l'extérieur par de solides murs. A la fois lieu de mise en scène des marginaux et sorte de chapelle ardente du désir isolé du monde, l'endroit est aussi qualifié de manière paradoxale de "château sans frontière". Naît alors la confusion propre au théâtre d'Arrabal, entre isolement, claustration et extériorité. Quel qu'il soit, l'endroit est bien celui où se rassemblent tous les exclus et les bannis d'une société sclérosée qui se débarrasse de ce qui ne lui semble pas être la "normalité".



Du personnage burlesque

SI LE PERSONNAGE DE LA PI
ÈCE est une femme, c'est bien Marcos Malavia qui l'incarne, comme il l'explique : "C'est Fernando Arrabal lui-même qui m'a demandé de le faire. Il avait déjà vu la pièce jouée par des femmes en Italie et au Brésil et il me l'a confiée en me demandant de l'interpréter. Il m'a dit qu'il voulait voir le personnage de Lerry joué par un homme, non par un travesti mais plutôt par un Fernando Arrabal, Marcos Malavia, Mathieu Cabiac, Cartoucherie, Théâtre de lEpée de bois, Le château des Clandestins, Le château de Quechuas, Pique-nique en Campagne, Le Panique, Roland Toporhomme-clown." Plus que l'aspect clownesque, c'est la dimension burlesque qu'il faut retenir ici. Ce choix de mise en scène apporte certes une part de dérision, mais donne étrangement plus de force et de dynamisme à une interprétation à la fois rythmée, drôle et touchante, qui va mettre les hommes face à leurs propres contradictions et à leur absurdité.

LE PERSONNAGE DE LERRY revêt également un caractère enfantin par son hypersensibilité et la plupart de ses attitudes. Versatile, lunatique, parfois nostalgique, parfois romantique, elle se caractérise essentiellement par la frénésie avec laquelle elle considère le monde - sa seule volonté étant de mourir aimée. Mais derrière cet optimisme délirant, ses extravagants raisonnements et ses idées folles, sans aucune pudeur, le personnage de Lerry, empli d'humanité et d'amour, promène sur le monde son regard naïf qui devient source d'humour inépuisable. Faisant fi des présupposés et des carcans de la société contemporaine, le personnage avoue en toute innocence des goûts particuliers qu'il croit appartenir à tous. Lerry vit bien malgré elle dans la confusion et dans un univers quasi kafkaïen, au sein duquel elle joue à vivre en marge des règles imposées par la société.



De l’engagement

DERRI
ÈRE L'APPARENTE LÉGÈRETÉ de l'intrigue, c'est une sorte de tragédie contemporaine qui se joue. Pour Marcos Malavia, "le problème qui s'y pose est celui d'une tragédie propre à notre temps, empreinte d’une grande dérision. La pièce représente le monde absurde dans lequel le capitalisme nous a acculés à vivre ; et Lerry est en quelque sorte la métaphore de ces tentatives désespérées auxquelles Fernando Arrabal, Marcos Malavia, Mathieu Cabiac, Cartoucherie, Théâtre de lEpée de bois, Le château des Clandestins, Le château de Quechuas, Pique-nique en Campagne, Le Panique, Roland Topornous assistons à travers la presse, des gens qui tentent de faire face à la grande machine sociale et politique destinée à anéantir tout esprit de solidarité qui pourrait s’éveiller dans la société". De fait, le théâtre d’Arrabal est frondeur, contestataire et anti-conformiste. Le dramaturge explore une poétique et un humour audacieux qui participe à une entreprise de destruction et de refondation, en dépeignant de manière caricaturale les excès de la société.

ICI, CE SONT plus particulièrement les institutions et le pouvoir qui passent au crible de sa critique. "Politiciens rétrogrades", "ramassis de bons à rien", "pays de ratés et de mazettes sans feu ni loi" : ministres, médias, justice, administration et ENA, tous y passent. Dès les premières minutes de la représentation, un coup de feu retentit, annonçant en filigrane une fin tragique, violente et sans issue. Ces tirs isolés deviennent de plus en plus présents dans la seconde moitié de la pièce et s'achèvent par une fusillade qui rappelle le dénouement d'un des textes les plus joués d'Arrabal, Pique-Nique en campagne. À la fin de la représentation, tout ce qui semblait dérisoire, burlesque et absurde vire au cauchemar. Pour Arrabal et son metteur en scène, il semble que la fonction du théâtre ne soit pas tant de changer le monde, mais plutôt de l'appréhender autrement, par la jouissance même.



De l'esthétique

DANS CET ART DE LA CONFUSION, Lerry met en scène son amour pour le chef des clandestins de façon lyrique, souvent nostalgique, parfois à la limite du pathétique, lui attribuant autant de désignations poétiques que possible. Par amour pour cet homme et faute de ne pas avoir coopéré avec les ministères, le Château des Clandestins est assailli à la fin de la pièce. Alors, dans un dernier élan lyrique et au son retentissant de la Sarabande de Haendel, Lerry s'exclame qu'  "on ne badine pas avec l’amour". La poésie est omniprésente dans le corps même du texte, et l'auteur tout comme l'acteur se plaisent à multiplier les jeux de mots, quitte à tendre vers l'absurde ou l'énigmatique. Mais cette poétique du langage se double d'un humour noir et décalé. L'art de la poétique d'Arrabal, c'est qu'elle peut transformer des situations tragiques en scènes touchantes et émouvantes. Derrière son côté provocateur et "briseur" de normes, Fernando Arrabal, Marcos Malavia, Mathieu Cabiac, Cartoucherie, Théâtre de lEpée de bois, Le château des Clandestins, Le château de Quechuas, Pique-nique en Campagne, Le Panique, Roland ToporArrabal est en réalité un grand poète qui ne se soucie pas du beau "conventionnel", mais qui dissémine dans sa "confusion" artistique une grande dose de poésie et d'humanité, comme un écho aux propos de Charles Baudelaire qui écrivait, dans ses Curiosités Esthétiques en 1868, que "le beau est toujours bizarre."


E. C.
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à Paris, le 10/03/2012

Le Château des clandestins, de Fernando Arrabal
Jusqu'au 18 mars 2012
Mise en scène de Marcos Malavia
Avec Marcos Malavia et Mathieu Cabiac.
Théâtre de l’Epée de bois, La Cartoucherie
Route du Champs de Manœuvre 75 012 Paris
Durée : 1h20
Mar-Sam 20h30 / Dim 16h
Tarifs : de 7€ à 18€
Rens. : 01 48 08 39 74

 




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