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L`interlude du jour

 
 
 
 
 
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LE VILLAGE OÙ SE DÉROULE LE DRAME s'inspire des paysages que Friedrich Dürrenmatt traversait
lors de ses nombreux voyages en train entre Neuchâtel et Berne. Dans La Visite de la vieille dame, publié en 1956, le dramaturge suisse imagine une petite ville jadis prospère, qui se retrouve soudainement sinistrée et où l’activité économique périclite, isolant les habitants ruinés. Quarante ans plus tard, le metteur en scène suisso-colombien Omar Porras portait la pièce sur scène. Et il propose actuellement au Théâtre 71 à Malakoff une troisième version de son spectacle où le port de masques par les personnages joue un rôle-clé. Dans cette tragi-comédie caustique et grotesque en trois actes, les personnages évoluent au rythme d’une danse macabre pour révéler la conscience des êtres.

Par Emilie Combes

CE POURRAIT ÊTRE, plus proche de nous, Florange. Dans cette bourgade où tout semble délabré et où les trains ne s’arrêtent plus qu’une fois par jour, les habitants vivent péniblement d’allocations, dans l’espoir de voir un jour l’économie refleurir. Alfred Ill, l’épicier, occupe ses journées à écouter le crissement des trains qui passent à toute allure. Mais aujourd’hui, l’espoir est plus vivace que jamais : les citoyens de Güllen attendent le retour de l’enfant du pays, Claire Zahanassian. Après des décennies d’absence, la milliardaire revient pour fêter ses noces avec son huitième mari, et les villageois espèrent bien lui soutirer quelques millions pour relancer l’activité. Maire, proviseur, prêtre, lui préparent alors un accueil en fanfare, oubliant les circonstances dans lesquelles Claire avait subitement quitté les lieux autrefois. Délaissée par Albert qui l’avait mise enceinte, partie sous les insultes, devenue putain à Amsterdam, elle revient boiteuse et rafistolée de prothèses mais richissime, prête à sortir Güllen de la misère. Or ce don, loin d’être altruiste, ne se fera qu’à une condition : assouvir un désir de vengeance longtemps réprimé en obtenant la tête de celui qui l’avait reniée.


Rafistolée de prothèses

LA VIEILLE DAME, à la fois grotesque et menaçante, jouée par Omar Porras en personne, propage son amoralité et contamine la ville entière pour suivre sa propre idée de la justice et déclencher une véritable chasse à l’homme. Pour échapper au didactisme et décongestionner la tension tragique du texte original, Porras privilégie ici le burlesque et le grotesque. Un concept loin d'être étranger à l'écriture de Friedrich Dürrenmatt, qui a lui-même défini le grotesque comme "une stylisation poussée à l’extrême, une illustration subite, fulgurante, et, de ce fait même, capable d’enregistrer, absorber des questions la visite de la vieille dame, théâtre, Malakoff, Durrenmatt, masques, omar porras, porras, omar, critique, analyse, visite, vieille dame, pièce, théâtre 71d’actualité, voire le temps présent, sans être thèse ou reportage"*. Et dans la mise en scène de Porras, si le sujet de la pièce veut interpeller et faire réfléchir, il est davantage traité de manière grotesque qu’avec un réel pessimisme. Les personnages, stupéfiants de démesure et de réalisme, deviennent l’expression d’un monde paradoxal.

SELON LE METTEUR EN SCÈNE, le personnage Clara Zahanassian possède une sorte de grandeur tragique. Dans ces conditions, le peuple de Güllen pourrait bien être envisagé comme un chœur grec. En effet, La Visite de la vieille dame est une pièce de troupe dont la force vient de ce principe du chœur. L’enjeu de la mise en scène est donc de rendre le plus possible présente cette population et la pression qui s’exerce sur le condamné. Grâce aux masques, ce sont les fonctions qui sont mises en avant. Tous les représentants de la ville, des arcanes du pouvoir, des notables sont incarnés : la politique avec le maire, le savoir avec le professeur, l’ordre avec le commissaire, la religion avec le pasteur et l’opinion publique avec les citoyens. Ensemble ou en solitaire, tout au long de la fable, ces figures vont successivement dévoiler la part sombre de l’être humain, et la manière dont la corruption peut dévorer le coeur de chacun.



Le chœur tragique

CHEZ DÜRRENMATT, LA SOCIÉTÉ est ce lieu où la justice n'est qu’une règle arbitraire et abstraite, qu'on respecte sans jamais se poser la question de sa légitimité. Peu à peu, la corruption s’installe et se manifeste par autant de symptômes, comme l’endettement des citoyens ruinés qui s’achètent de nouvelles chaussures, ou encore les changements de décor d’une ville délabrée qui devient soudainement plus rutilante. Telle une maladie, elle se propage dans le cœur de tous, malgré quelques résistants – comme le la visite de la vieille dame, théâtre, Malakoff, Durrenmatt, masquesprofesseur ou une citoyenne – qui, malgré la pression des autres, représentent une forme d’espoir contre les ravages de l’amoralité et de la cupidité. Toute la force de la pièce tient donc dans le fait que le projet de vengeance de Claire va s’initier tout seul, sans difficulté. Si au départ les habitants refusent sa proposition, ils se laissent chacun leur tour corrompre peu à peu tout en tâchant de se donner bonne conscience.

AINSI, LE VILLAGE DE GÜLLEN incarne pour Dürrenmatt une sorte de laboratoire, de microcosme où il étudie et examine l’avilissement, matérialisé par la mise en scène onirique et ludique de Porras, où costumes, accessoires et personnages se confondent dans une fresque baroque et macabre, figurant le monde en dépit de l’illusion théâtrale. Fourberie, hypocrisie, égoïsme sont mis en exergue avec une précision cruelle afin de révéler la fragilité de la morale et de l’esprit. Sans pour autant être fataliste : initialement coupable, le personnage d'Alfred incarne finalement l’image du sauveur acceptant sa faute et son destin tragique, et celui qui par là, échappe à l’enfer d’une société corrompue et nauséeuse. Tout n'est peut-être pas perdu.


E. C.
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à Paris, le 17 février 2016



La Visite de la vieille dame, de Friedrich Dürrenmatt
Depuis le 19 janvier 2016
Avec Omar Porras, Philippe Gouin, Yves Adam, Peggy Dias
Théâtre 71
3 Place du 11 Novembre, 92240 Malakoff
Mardi, vendredi à 20h30, Mercredi, jeudi, samedi à 19h30 Dimanche à 16h
Tarif normal 27€ / tarif réduit : 18€, 13€, 9€
Rens. et réservations : 01 55 48 91 00 / billetterie@theatre71.com

Ecrits sur le théâtre, Gallimard, 1970

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