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LA BIBLIOTHÈQUE DES ARTS publie un ouvrage d'entretiens entre Giuseppe Penone et Françoise Jaunin, critique d'art et journaliste. Métaphore de son travail de sculpteur, le titre Le Regard tactile révèle la vision particulière par laquelle l'artiste travaille la matière. Proche de l'arte povera, Penone, qui est actuellement professeur aux Beaux-Arts de Paris, s'attache à révéler la beauté de la nature avec une approche sensible de matériaux naturels comme le bois, la pierre, le bronze ou l'or. 

Par Hélène Deaucourt

OEUVRE SOLITAIRE, le travail de Giuseppe Penone hérite des réflexions qui ont animé les milieux artistique italiens et européens dans les années 1960, après la Seconde guerre mondiale. Tout remettre à zéro pour ne plus permettre que l'horreur se produise, et construire un nouvel ordre mondial. Refusant les formes et l'esthétique contemporaines, défiant l'industrie et la société de consommation, les artistes de l'époque inventent un nouveau langage, cherchant à toucher un plus large public avec des oeuvres non plus élitistes ou à déchiffrer mais accessibles à tous. Ils font sortir l'art des intérieurs bourgeois ou conçus pour lui, et travaillent souvent sur la nature, dans sa tension avec le monde artificiel et les hommes.


Arte povera

L'ARTE POVERA, qui voit le jour à Turin, participe de cette vision différente d'un art qui se veut invitation à une expérience directe dans des lieux dégagés de toute convention culturelle. Attitude philosophique plus que mouvement artistique, il se présente comme une véritable guerilla, rompant avec les conventions sociales qui parasitent alors le monde de l'art. Utilisé pour la première fois par le critique Germano Celant suite à une exposition organisée à Gênes en 1967, le terme signifie littéralement "art pauvre", en référence aux penone, arte povra, Giuseppe Penon, Françoise Jaunin,  Le Regard tactile, artiste, nature, oeuvre, la bibliothèque des arts, matériaux, sculpteur, sève, arbre, italien, écorce, forme, texturematériaux jugés peu nobles employés par divers artistes, au premier rang desquels Gioavanni Anselmo, Pier Paolo Calzolari, Luciano Fabro ou encore Gilberto Zorio. La terre, le chiffon, la corde, la toile de jute ou le sable deviennent le support du langage créatif. Gilberto Zorio, né en 1944, est l'un des artistes les plus emblématiques de cette démarche, tâchant de "purifier la parole" comme l'indique le titre d'une de ses pièces réalisée en 1969.

METTANT AU COEUR de ses installations cette énergie nouvelle, il présente des oeuvres jamais achevées pour que la création artistique se poursuive avec le spectateur. Ces pièces entretiennent un lien étroit avec l'Italie et notamment la région de Turin, marquée par une identité régionale forte mais ouverte à l'international. Car l'Italie devient un terreau propice à cette nouvelle pensée du monde, avec des paysages, une culture, des cités, une histoire marqués par une identité forte mais extrêmement divers. Héritière d'une histoire encore visible partout, dans les batîments, les fontaines, les places et les tableaux des grands maîtres exposés dans chaque chapelle, elle constitue un défi pour les créateurs qui veulent exprimer leur sensibilité particulière, trouver leur voie / voix propre, dans une réflexion autour du paysage italien. "Ce sens de l'histoire et cette sensibilité au passé est une composante importantante de l'italianité [...] c'est plus difficile et plus complexe de rajouter quelque chose et de faire que ce quelque chose y trouve sa place et son autonomie." Et pourtant, c'est cette appartenance à l'Italie, et plus particulièrement à la terre piémontaise, qui permet chez ces artistes l'émergence d'une pensée créatrice différente et intimement liée à l'histoire ancienne et à la nature qui les entoure.


Authenticité

CAR C'EST JUSTEMENT tout l'enjeu d'une époque où tout a été dit, où tout a été fait, d'un lieu où même l'histoire artistique riche semble empêcher une nouvelle expression artistique spontanée. C'est justement dans ce mouvement que s'inscrit pleinement Giuseppe Penone, lui qui revendique une démarche débarrassée de tout ce qui n'est pas sensation authentique. Il travaille lui aussi avec ces matériaux "pauvres", et chez lui aussi le motif de la nature est très présent. À la fin des années 1960, alors qu'il est encore étudiant à l'école des Beaux Arts de Turin, il perçoit la direction que son art doit prendre, et de laquelle il ne déviera pas par la suite. Frustré par un enseignement trop classique, il retourne à ce qui a toujours constitué son paysage intérieur, la campagne dans laquelle il a vécu, grandi et développé sa sensibilité. Il explique ainsi que "la forêt était [son] terrain de jeu, elle est devenue [son] laboratoire et [son] atelier".

GIUSEPPE PENONE REGARDE LA NATURE, et surtout les arbres, comme un élément de son propre corps, une interface entre lui et sa vision intérieure, une matière vivante qu'il accompagne dans sa croissance et sa gestation. "Je n'avais pas beaucoup de connaissance et très peu d'expérience. Ce que je connaissais le mieux c'était la campagne, la forêt et le rapport physique de mon corps à la nature." Aussi se met-il à penone, arte povra, Giuseppe Penon, Françoise Jaunin,  Le Regard tactile, artiste, nature, oeuvre, la bibliothèque des arts, matériaux, sculpteur, sève, arbre, italien, écorce, forme, texturetravailler avec, sur, dans la nature qui l'entoure, voyageur solitaire dans cet espace dans lequel il reconnaît son individualité d'artiste et son universalité d'être humain. "Mon intuition était de faire des petits gestes, des petites interventions minimales." À commencer par un arbre, sur lequel il intervient pour jouer sur sa croissance. Se souvenant de la religion païenne et des divinités antiques de l'Italie où il crée, il sculpte, creuse, dessine la roche, la terre, l'écorce, pour en faire émerger l'esprit. Autrement dit, la vérité.

AUCUNE FORME n'existe préalablement à ce dialogue, mais elle émerge au fur et à mesure, par un contact intime entre l'artiste qui fouille dans sa chair profonde et la nature. Ainsi, dans sa série d'arbres décortiqués, Penone s'attache à creuser l'écorce pour retrouver dans ses sillons et sa chair la plus tendre le moment orignel de sa naissance ("Cèdre de Versailles", 2000-2003). Il voyage dans l'histoire des arbres, en les mettant à nu, en montrant la forme intestime de leur tronc. Car la mémoire est au coeur du travail de l'artiste qui veut montrer que dans l'arbre, "son existence, sa structure comme organisme vivant, est mémorisée dans sa matière même". C'est aussi pour chanter avec cette nature, accompagner sa naissance, agir avec elle qu'il applique sur elle des gestes qui la perturbent, pour voir comment elle poussera et intègrera finalement les corps étrangers. Dans son installation intitulée Il poursuivra sa croissance sauf en ce point (1984-1991), il fait un moulage en bronze de sa main et serre le tronc d'un arbre. La main qu'il a appliquée au tronc n'est plus qu'une excroissance que l'on croirait sortie du tronc lui-même. Penone fait corps avec la nature. 

 

Inverser sa perception

DE CETTE DÉMARCHE INTIME, l'artiste italien entend tirer un écho universel, c'est-à-dire retrouver un langage originel qui traite de ce qui est le mieux partagé. Penone considère qu'il y a oeuvre d'art quand ce qui se donne à voir parle de lui-même, sans besoin d'autre signification que celle suggérée par sa forme, sa texture, sa couleur ou sa situation. La création doit trouver son intensité, son "rayonnement" en elle-même, dégager une énergie vitale. Ses pièces, même lorsqu'il s'agit de commandes pour habiter un lieu institutionnel, se veulent autonomes. Elles peuvent / veulent être présentes partout et comprises, identifiables par tous. D'où la simplicité radicale qui s'en dégage. "Nous savons bien reconnaître les formes penone, arte povra, Giuseppe Penon, Françoise Jaunin,  Le Regard tactile, artiste, nature, oeuvre, la bibliothèque des arts, matériaux, sculpteur, sève, arbre, italien, écorce, forme, textureanthropomorphes et les formes animales. Les paysages aussi, parce que nous avons besoin de nous repérer dans la géographie. Nous avons exercé notre regard afin de nous orienter. Nous reconnaissons aussi les formes géométriques simples, et nous reconnaissons le double. Ce sont donc les formes sur lesquelles on peut construire un langage."

L'ARTISTE APPARAÎT mais en négatif, par le souffle qu'il insufle dans ses pièces, leur restituant la vitalité qu'il voit autour de lui dans sa terre piémontaise. Témoin, sa création Souffle de feuilles (1979) : sur un amas de feuilles de buis apparaît la trace de sa présence, de son souffle même, conservée par le bronze qui a été coulé dans le vide laissé par son corps, face contre terre, et par sa respiration. Fossilisation du geste créateur éphémère, dans une oeuvre qui fait accéder l'élément humain et naturel à la permanence.  C'est presque en archéologue ou en ethnologue que Penone voit, admire et défriche la nature qui respire en lui et par lui.

H.D.
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à Paris, le 7 octobre 2012


Giuseppe Penone, Le regard tactile, Entretiens avec Françoise Jaunin
La Bibliothèque des Arts, 2012
160 pages, 15 euros



 



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