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L'ÉDITION 2013 des rencontres "Livres des mondes juifs et diasporas en dialogue", organisées par l'Association pour l'Enseignement du Judaïsme comme Culture (AEJC), s'était déroulée les 23 et 24 février 2013 à l’Hôtel Lutetia autour du thème "Ecrire entre mémoire et oubli". Les intervenants appartenaient à des horizons variés : romanciers, journalistes, professeurs d’université. En ouverture et en clôture, des musiciens avaient eux aussi pris part au débat, sous la forme d’un concert et d’un récital : le pianiste et compositeur Denis Cuniot avait entretenu l’auditoire avec un répertoire klezmer, et Michèle Tauber avait interprété des chansons en hébreu, en yiddish et en judéo-espagnol, accompagnée de son accordéoniste Misha Nissimov. Quelques jours avant la prochaine édition de l'événement, qui se tiendra les 1er et 2 février toujours à l'Hôtel Lutetia, retour sur un programme riche et stimulant, favorable à l'échange aussi bien entre les différents invités qu'avec l'ensemble du public.

Par Guido Furci et Fleur Kuhn


FONDÉE EN 2002 ET PRESIDÉE par Izio Rosenman, l’Association pour l’Enseignement du Judaïsme comme Culture se donne pour objectif de repenser le judaïsme dans une perspective laïque et républicaine, afin d’éviter les malentendus qui peuvent dériver d’une connaissance partielle et stéréotypée de sa propre histoire comme de celle des autres. Mettant à distance toute forme de communautarisme pouvant se traduire par le repli sur soi, ce collectif – auquel collaborent des gens issus de parcours très variés – interroge la façon dont un nombre considérable de problématiques inhérentes au judaïsme informent certains aspects de la réalité qui nous entoure et disent, par métonymie, la complexité du monde contemporain. Parmi ses actions, la mise en place de séminaires touchant à des sujets liés de manière plus ou moins explicite au questionnement identitaire ; la direction de projets aptes à retrouver un héritage qui ne passe plus exclusivement par les canaux de la religion et du rituel, mais par l’acquisition d’un savoir non institutionnel ; ou encore le développement d’une réflexion collective portant sur la fragilité des valeurs démocratiques dans une société où il est de plus en plus difficile de concilier la pluralité des parcours individuels avec l’unité étatique. C’est dans la continuité de ces initiatives que les rencontres annuelles "Livres des mondes juifs et diasporas en dialogue" trouvent leur place. A mi-chemin entre le colloque et le festival, celles-ci représentent un rendez-vous incontournable qui, s’il ne manque pas d’intéresser les générations issues de l’immédiat après-guerre, attire désormais également des étudiants et de jeunes chercheurs.

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Sens inverse

APRES DAVID GROSSMAN ET AMOS OZ lors de l’édition 2012, c’était à A.B. Yehoshua de revenir sur l’ensemble de son œuvre en retraçant en sens inverse le chemin parcouru depuis les années 1960. D’origine sépharade, cet auteur a commencé à écrire dès la fin de son service militaire et est désormais considéré comme l’une des voix les plus représentatives de sa génération. Politiquement engagé en faveur du processus de paix israélo-palestinien, il a sans aucun doute contribué à la constitution d’un véritable canon littéraire israélien, mettant l’écriture au service d’une démarche à la fois éthique et esthétique. Essayiste, dramaturge, nouvelliste, mais surtout romancier, il interroge dans ses livres le rapport que l’individu entretient avec la société qui l’entoure, mais aussi avec le vécu de ses proches et la tradition familiale dont il hérite. Caractérisées par une prose très élaborée et par l’emploi d’une focalisation mobile, invitant le lecteur à occuper successivement différents points de vue, ses histoires se déroulent sur une plage temporelle qui peut parfois s’étirer sur plusieurs générations.

ENRICHIES D'UN MONTAGE aux allures cinématographiques, elles brouillent les frontières entre mots et images, au point de plonger le lecteur dans un univers aussi "figural" qu’allusif. Rien d’étonnant, d’ailleurs, à ce que le héros de Rétrospective – publié en France en 2012 et lauréat du Prix Médicis étranger – soit un cinéaste aux prises avec ses propres démons et contraint de repenser sa vie à la lumière de ses (més)aventures professionnelles. Les errances de ce personnage qui, à l’occasion d’une rétrospective en son honneur à Saint-Jacques de Compostelle, voyage à la fois dans le temps et dans l’espace, font écho à l’expérience autobiographique de Yehoshua, qui profite de cette mise en abyme pour se livrer à un retour sur soi et sur son propre travail. L’impact de la création artistique sur la réalité environnante a d’ailleurs été l’un des points débattus avec Anny Dayan Rosenman lors de la rencontre au Lutetia ; cette première entrée en matière a été suivie d’une table ronde, dans laquelle le binôme art-action a été questionné davantage, bien que dans un contexte sensiblement différent.


La dignité par la parole

INTERROGÉS PAR FRANCK NOUCHI – journaliste au Monde, lui-même directement concerné par le thème du débat – , trois intellectuels d’origine algérienne ont en effet enrichi la matinée suivante de contributions personnelles, où plusieurs aspects de l’histoire d’un pays ont été abordés à travers des exposés riches en anecdotes. Ces derniers offraient chacun une clé d’accès privilégiée à la compréhension d’une époque révolue, mais qui reste très présente dans le souvenir de ceux qui l’ont vécue. Si Danielle Michel-Chich s’est attardée sur les blessures provoquées par la guerre d’indépendance, Louis Gardel et Boualem Sansal quant à eux ont plutôt insisté sur la relation délicate qu’ils entretiennent avec l’Algérie contemporaine, dont il est compliqué d’évaluer les changements en termes de "progrès". S’agissant d’un sujet complexe, pouvant susciter une certaine émotion de la part de l’auditoire, les réactions ont été aussi vives et nombreuses que celles provoquées par la première séance de l’après-midi, entièrement consacrée à René Cassin et à la manière dont sa vision des droits de l’homme peut aujourd’hui être (re)pensée. Animée par Pascal Fenaux – journaliste au Courrier International, chargé de la presse israélienne –, cette session a réuni Antoine Garapon, magistrat, Jay Winter, historien, et Claude Catherine Kiejman, auteur d’une monographie récente, mais déjà de référence, dédiée à Eleanor Roosevelt et à sa défense des femmes et des noirs américains en tant que minorités nécessitant avant toute autre chose que leur voix soit reconnue et prise en compte.

rencontres, livres, mondes, juifs, hôtel, lutetia, judaisme, judéité, judeite, yehoshua, rétrospective, colloque, concert, édition, 2014, 2013, analyse, compte, rendu, résumé, photo, photosCOMPLÉMENT ET PROLONGEMENT DE CE DISCOURS lié au besoin de restituer une dignité par la parole, c’est-à-dire par la verbalisation et le partage des violences endurées, l’échange consacré à la fratrie Singer et, par là, à la situation particulière des écrivains yiddish ouvre des perspectives inédites, où la production littéraire de trois membres d’une même famille offre une vision kaléidoscopique du microcosme dont elle dérive, et touche à l’universel. Intervenaient à cet égard Florence Noiville, responsable du Cahier de l’Herne consacré à Isaac Bashevis Singer, et Carole Ksiazenicer-Matheron, maître de conférence à Paris 3 (Sorbonne Nouvelle), auteure d’un très bel essai sur Israël Joshua Singer (Déplier le temps, Classiques Garnier, 2012) et traductrice (avec Louisette Kahane-Dajezer) de La danse des démons d’Esther Kreitman. Quelque peu tombés dans l’oubli en raison du succès d’Isaac Bashevis (prix Nobel de littérature en 1978), la soeur et le frère aînés trouvent enfin une place de relief, au sein d’une discussion aussi stimulante qu’anti-conventionnelle. C’est ce que Michèle Tauber aussi remarque, heureuse de pouvoir présider ce dialogue intercalé par la lecture (en yiddish et en français) de textes trop longtemps demeurés inédits. D’ailleurs, cette attache aux documents personnels n’est pas sans lien avec ce qui a été évoqué dans la suite de la discussion, à savoir le basculement des données statistiques vers une prise en compte de l’expérience individuelle dans le débat historiographique et sociologique tel qu’il s’est manifesté à partir des années 1970.



Judéité au pluriel

À UNE ÉPOQUE OU LA MÉMOIRE en tant que "force structurante" commence à occuper une place plus importante dans le discours sur les sociétés et leur rapport à ce qui les précède, l’entreprise de Lucette Valensi et Nathan Wachtel – invités à revenir sur leur œuvre commune, ainsi que sur leur passé de chercheurs – a pour but de reconfigurer une enquête dont les enjeux restent fondamentaux : d’une part, aborder la judéité "au pluriel", se faisant réceptacle d’un récit polyphonique et multidirectionnel ; d’autre part, faire en sorte que le travail de l'historien soit un agencement raisonné de ce récit. C’est justement sur ce constat que les travaux se sont achevés, non pas pour mettre un point, mais dans l’attente de faire l’objet d’une nouvelle rencontre. D’ici là, ceux qui ont envie d’approfondir peuvent profiter de la mise en ligne des vidéos des différentes communications sur la plateforme d’Akadem.

G. F. & F. K.

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à Paris, le 27 janvier 2014

Rencontres - Livres des mondes juifs et diasporas en dialogue, 1er et 2 février 2014
Thème 2014 : "Lire pour vivre ensemble"
Hôtel Lutetia, Paris 6ème
Samedi 1er février 2014 de 19h à 22h : 1 récital et 1 rencontre
Dimanche 2 février 2014 de 10h30 à 20h30 : 1 projection et 5 rencontres
Samedi 1er février : 10€ / Dimanche 2 février : 15€ / Réduction étudiants : - 3€
Renseignements : Tél. 09 62 02 10 09
Site internet


 
 



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