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Saint Martin en grande forme
Chaque année, les étudiants de l'école londonienne de mode, d'art et de design présentent leurs travaux au public. Pour l'édition 2009, l'établissement a fêté ses 20 ans avec éclat.

A Londres, la "Central Saint Martin, College of Art and Design" est l'une des écoles les plus réputées dans le monde de la mode, au même titre que la Domus Academy de Milan, l'Académie Royale des Beaux-Arts d'Anvers ou sa rivale anglaise le Royal College of the Arts. Le "Fashion Show" des étudiants de l'école est donc chaque année largement couvert par les media, comme Vogue ou Dazed and Confused. Cela est sans doute lié à ses prestigieux alumnis tels Alexandre Mc Queen, Hussein Chalayan ou John Galliano. Mais ces grands créateurs et leur réputation auraient tendance à nous faire oublier que Saint Martin est avant tout une école dédiée à la création globale, et comprend aussi des cours d'art, de dramaturgie ou de design industriel. Le "Degree show" des étudiants 2009 fraîchement diplomés est, en ce sens, un bon rappel de ce que cette école peut produire de talents multiples et multiformes. Visite guidée des lieux.

 

A chaque problématique, son espace

La partie "Industrial Design" est l'une des plus fournies, se partageant entre deux étages, le tout regroupé sous le nom "Creative Super Mammals". Chaque étudiant y présente deux projets : le premier est realisé en collaboration avec une entreprise ou une association ; les sujets sont aussi divers que le design d'un nouveau telephone portable durable (Nokia), un nouveau produit (Fairy de Procter&Gamble), une idée pour réduire la délinquance (Design Against Crime Research Center)…  Outre ces oeuvres de commandes, les seconds projets sont personnels, occasion pour les apprentis de laisser éclater leur créativité, avec sérieux et réalisme, mais surtout humour.

Loin de l’agitation, l'espace "Environment" entre urbanisme et architecture semble, bien que placé à l'entrée du show, évoluer dans un monde à part, plus calme et feutré. Pourtant ces propositions restent ancrées dans le monde d'aujourd’hui et propose des pistes de réponse aux problématiques d'espace public, d'hybridation et de coexistence des populations, ou de la dialectique public-privé. Présentés sous forme de maquettes en volume, on aurait peut etre aimé plus d'explications sur les recherches effectuées par les étudiants qui les ont amené à ces résultats.

La partie "Textile Design" surprend tout d'abord par son dynamisme et son professionnalisme. Un métissage de tendance avec un fort accent sur les motifs plus que sur la matière, et forcément du tricot, qui n'en finit plus de faire son grand retour. On voit également une influence très forte des formes géométriques, comme les fractals. Le fluo se fait plus discret que les années passées, tout comme les matières transparentes. Au contraire, un retour des couleurs pastels et de tissus authentiques (laine, lin et coton) s'opère. Ils ne sont pas lisses, mais émaillés ci et là de petits accros pour leur donner plus de profondeur et d'authenticité. On ose aussi une superposition des couches, sans surjouer l’épaisseur.

      

L'espace joaillerie est sans doute le plus typiquement anglais de tous. Certaines créations nous rappelent l'approche d'Alexander Mac Queen qui fait décidément des émules parmis les étudiants, avec sa réflexion sur le corps diminué, handicapé, parfois torturé, mais toujours magnifié. Les formes se font alors inquiétantes, troublantes, gothiques. Elles reprennent parfois la forme de parties du squelette ou bien se greffent sur la peau, à l'instar d’un tatouage ou, plus radical, d'une scarification. A l'autre bout du spectre, on retrouve des approches plus conventionnelles avec notamment toute une réflexion sur la fragilité, la répétition et la finesse.

 

Le domaine "Creative Practice for Narrative Environments" remet l'humain au coeur du processus de création en se penchant sur l'habitat et le commerce. Il explore aussi de facon plus inattendue mais très réussie la notion d'échange dans une société globalisée où vos amis habitent à l'autre bout de la planète. Un autre projet se penche sur le design d'un cadre pour accompagner les couples infertiles dans leur tentative de procréation, loin de toute référence aux espaces médicaux stériles. Les approches prospectives mélangent les supports, faisant de cet espace l'un des plus didactiques. Les questions soulevées et leurs réponses possibles sont autant de sujets de réflexion nourrissants pour le public.


L'énergie à tous les étages

Certains cursus ont plus de mal à trouver leur place. Le "MA Design for Textile Futures" que l'on attendait sur le terrain de l'innovation technologique est trop centré sur la narration. L'approche n'est pas celle d'une remise en cause du modèle ou la creation de nouveau usages, mais dans un souci du detail, avec un certain coté lyrique. L'ensemble peine à convaincre, souffrant sans doute d'un manque d'adéquation avec les tendances actuelles. Paradoxalement, les acteurs professionnels semblent être en avance sur la réflexion des étudiants à l'instar de Philips, Lacoste ou Nike. Les espaces "Ceramics" et "Glass" font terriblement datés, malgré certains travaux intéressants, comme cette création de godemichés en céramique dans un style décalé qui fleure bon l'époque victorienne, ou bien ces poteries éclatées lors de la cuisson afin d'obtenir des lampes uniques...

 

Dans ce foisonnement, il est amusant de chercher à retrouver les spécificités nationales derrière la signature de l'école : ainsi les francais font-ils de la seconde vie des objets et de leur détournement une spécialité dans la lignée des 5.5 designers, ou de l'art de vivre qui nous rappelle Stark et sa collaboration avec Baccara ; les Japonais sont dans l'innovation technologique et la prospective sur les nouveaux usages ; quant aux Anglais, ils jouent avec les marques et leurs codes pour leur donner un ton parfois décalé mais toujours franc. Un terrible constat, toutefois : l'absence flagrante du continent Africain et de ses jeunes talents, au profit des Asiatiques, surreprésentés.

Malgré ces légères dissonances, dans l'ensemble, ce cru 2009 du "Degree show" est d'une énergie renversante, et le caractère "pro" de l'évènement est étonnemment développé. Les jeunes diplômés viennent d'ailleurs aborder les visiteurs pour leur présenter leurs créations et leur démarche. Ce n'est donc pas par hasard que l'on voit autant de cartes de visite s'échanger, les professionnels repérant ainsi leur futur vivier de "créatifs" qu'ils pourront mettre immédiatement à profit, grâce à l'accent mis sur les codes et valeurs des marques qui fait la valeur ajoutée de la Central Saint Martin.

Etienne Bauchet, à Londres
Le 23/07/09

Central Saint Martin Degree Show 2009
17 juin au 4 juillet 2009

Southampton Row
Londres WC1B 4AP

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