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UN SIÈCLE S'EST ÉCOULÉ depuis le naufrage du RMS Titanic, mais le mythe reste intact. Le souvenir du bateau le plus célèbre du XXe siècle est entretenu par pléthore de fictions et d'événements, à l'instar de l'exposition qui a lieu jusqu'au 15 septembre à Paris Expo, consacrée aux objets sauvés du bateau naufragé. Mais la réalité est toute autre : le Versailles des épaves perd chaque jour un peu plus de son éclat, et s'est plus détérioré au cours des quinze dernières années que lorsqu'il reposait, immobile, sous les océans. Au point que certains prédisent sa disparition totale d'ici 2030.

Par Jérémy Robert

LE TITANIC "EST UNE ÉPAVE dangereuse, une épave qui s'abîme", déclare Paul-Henri Nargeolet, le Directeur des recherches sous-marines de la société RMS Titanic Inc. "Elle se recycle, comme on dit." Il est vrai que l'état de ce sanctuaire sous-marin n'a plus rien à voir avec les images que la mémoire collective en a retenu à travers le Titanic de James Cameron. Même la maquette exposée aux Portes de Versailles, titanic, titanic l`exposition, paris expo, porte versaille, exposition, objets, objet, naufrage, insubmersible, paquebot, 1912, épave, sous-marin, collection, histoire, civilisationqui reproduit pourtant avec fidélité ce qu'il restait de la partie proue du navire quinze ans plus tôt, n'est aujourd'hui plus conforme à l'aspect de celle-ci. Et de fait, les dernières photographies du paquebot, publiées l'an dernier par la NGS (National Geographic Society) et réalisées avec précision au moyen des sonars les plus novateurs, attestent sans autre forme de procès sa dégradation effrénée.

LE MÂT AVANT, encore droit il y a neuf ans, est aujourd'hui plié, affaissé, sa structure cédant sous la nappe de rouille qui la ronge. Le nid-de-pie s'est d'ailleurs décroché. Des pans d'acier ont été rongés par les bactéries et se détachent peu à peu de la coque, comme des épluchures. Surtout, de nombreux effondrements sont à déplorer. Sur la poupe, tout d'abord, qui, bien que déjà en ruines après avoir implosé, éclaté puis tournoyé lors de sa chute, a vu ce qu'il restait de ses ponts se tasser davantage sur eux-mêmes. Sur la proue, ensuite, qui a enduré des délabrements partiels aux endroits les plus découverts : le plancher de la timonerie et des ailerons de manœuvres s'est un peu plus écroulé sur le pont-promenade supérieur, la façade de celui-ci s'est effondrée sur celle du pont B, les murs de la cabine du capitaine Smith sont tombés, les toits de la station radio et du gymnase également. Et récemment, sur une longueur approximative de trente mètres et demi à partir du Grand Escalier avant jusqu'à l'entrée d'air de la seconde cheminée, le pont des embarcations s'est abattu sur le pont A. Il s'agit du dommage le plus important depuis la découverte de l'épave en 1985. Et ce ne sera pas le dernier.



L'homme dégrade

DEPUIS SON EXPÉDITION en 2004, Robert Duane Ballard, l'océanographe qui a retrouvé le Titanic, attribue en grande part l'accélération de la dégradation aux submersibles, notamment à ceux qui prennent le navire pour une piste d'atterrissage. "C'est comme si on entrait au Louvre avec un bulldozer", s'insurge l'explorateur. "Les submersibles sont comme des éléphants dans un magasin de porcelaine, et la porcelaine va se casser. Dans de nombreux cas, les sous-marins ont laissé des traces là où ils se sont posés et ont écrasé le pont." C'est en effet ce qui a détruit le toit de la cabine radio Marconi, celui-ci ayant servi de parking aux visiteurs pendant plus de vingt ans, à cause de sa contiguïté avec le Grand Escalier, lieu à la fois emblématique et pratique, puisque, outre son opulence, il permet l'accès des robots sous-marins à tous les niveaux du bâtiment. Cela n'explique pas, cependant, pourquoi le transatlantique qui, jusqu'alors, avait reposé soixante-treize ans à quatre kilomètres de profondeur sous les océans, sans subir de dégâts majeurs autres que ceux éprouvés pendant le naufrage, se détériore de manière non plus constante, mais exponentielle.

LA RÉPONSE TIENT EN PARTIE dans les calculs du microbiologiste canadien de l'Université de Regina, le docteur Roy Cullimore, qui a observé les microbes grignotant le Titanic, les bien nommés halomonas titanicae. Ces derniers, bien aidés par les sédiments, les acides et le sel portés par les courants marins, dévorent près de six cents kilogrammes de fer par jour. En plus de ces ravages bactériologiques, les dernières expéditions de 2010 ont révélé la croissance d'une pollution causée par les descentes répétées de titanic, titanic l`exposition, paris expo, porte versaille, exposition, objets, objet, naufrage, insubmersible, paquebot, 1912, épave, sous-marin, collection, histoire, civilisationsubmersibles sur l'épave. Le directeur de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration), James Delgado, qui a participé à l'une de ces expéditions maritimes, rapporte que des objets de toutes sortes ont été abandonnés dans la vase, parmi lesquels des chaînes de lestage, des sacs de sable, faisant office de ballasts pour faciliter la plongée, des plaques commémoratives ou encore des fleurs en plastique, laissées sur le site par des visiteurs en hommage aux victimes.

"ON DIRAIT L'UN DE CES ENDROITS sur les autoroutes où il y a eu un accident. C'est un site archéologique qui n'est plus intact", déplore James Delgado. Et c'est sans compter les "canettes de bière, [les] verres en plastique [ou] ce genre de choses", retrouvés par celui-ci aux alentours de l'épave, après avoir été négligemment jetés par les bateaux de la surface. Or, comme le précise le directeur de la NOAA, "les saletés vont rester là très longtemps."* De fait, bien qu'aucun spécialiste ne soit en mesure d'identifier les rapports complexes entre les corps étrangers, l'épave et les fonds marins, la dégradation du Titanic s'est accentuée lorsque les plongées se sont multipliées : en seulement quinze ans, entre 1995 et 2010, ont été observés tous les principaux dégâts causés par les submersibles et l'action des bactéries sur le paquebot. La pollution force les colonies de bactéries et de champignons à se propager pour absorber les déchets, en plus du Titanic. En conséquence, il est à redouter de voir l'appétit des halomonas titanicae dépasser sans retenue le rythme des quelque six cents kilogrammes de fer par jour, initialement estimé par Roy Cullimore.


"IL EST DÉSORMAIS POSSIBLE de commencer à prévoir mathématiquement à quel taux [de bactéries] le paquebot s'effondrera", affirme le docteur. Et de fait, le conservateur du Titanic, Stéphane Pennec, affirme que "dans quelques années, peut-être dix ou vingt ans, il ne restera pratiquement rien. L'épave aura disparu." Une prévision contrastée par le rédacteur en chef du magazine de la NGS, Jamie Shreeve, qui s'est laissé dire par "les experts" que la corrosion de l'épave "ne va pas se faire si vite", car "c'est quelque chose qui prend du temps." Les informations livrées à Paris Expo vont d'ailleurs dans ce sens, et mentionnent une implosion du navire d'ici 40 à 90 ans, soit au moins un demi-siècle plus tard.

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La nature achèvera

IL NE FAUT POURTANT PAS OUBLIER que les facteurs naturels, peu importe les décisions prises par les associations pour sauvegarder autant que possible la carcasse du paquebot, avaleront le Titanic. Les visiteurs sont parfois des saccageurs, mais ils ne peuvent être blâmés de tous les maux ; les océans sont des environnements hostiles aussi bien aux hommes qu'à leurs constructions. Les rivets du transatlantique présentés dans l'exposition, pour ne plus ressembler, aujourd'hui, qu'à des clous en charbon de bois, sont les témoins de cette inhérente incompatibilité entre les éléments de la surface et ceux des mers. Et depuis le naufrage le 15 avril 1912 jusqu'à aujourd'hui, l'épave se recouvre d'amoncellements de rouille, formant des sortes de stalactites, que Ballard a d'ailleurs appelé "rusticles" (mot-valise entre les termes anglais rust, la "rouille", et icicles, les "stalactites"), ou "rouillons" en Français. Ces rouillons sont des agrégats poreux de champignons et de bactéries qui utilisent le métal pour se propager. S'il est généralement admis que ces rouillons grignotent le fer pour respirer, cette hypothèse est néanmoins contestée par certains spécialistes pour qui les rouillons se détachent de l'épave et se développent grâce à la profusion de nourriture que constitue le Titanic, par processus électrochimique, et non biologique. Le docteur Cullimore, pour sa part, étudie encore la question ; analyser l'épave, si loin sous l'Atlantique, n'est évidemment guère chose aisée. Les rouillons sont néanmoins symptomatiques d'une oxydation du métal. Le bateau, en étant enveloppé comme sous des lianes de bactéries, est voué à la disparition et entrainera dans son lent affaiblissement le décrochage des ponts, et donc l'effondrement total de l'épave. Du Titanic, il ne restera que la légende.

HEUREUSEMENT, 2012, année du centenaire du naufrage, a apporté avec elle la protection du navire par l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture), en tant que patrimoine culturel subaquatique. Les mesures cent fois réclamées par les associations du Titanic trouveront enfin une oreille, et des plans de sauvegardes seront peut-être concrétisés, dans le but de préserver l'héritage maritime que représente le paquebot de la White Star Line. Car comme l'écrivait le philosophe irlanais Jack Foster : "Nous sommes tous des passagers du Titanic."

J. R.
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à Paris, le 09/07/2013

Titanic, l'exposition
Jusqu'au 15 septembre 2013

Paris Expo - Pavillon 8
1 place de la Porte de Versailles - 75015 Paris
Tlj 10h-19h
Tarif adulte : 15,90€ ; Tarif enfant : 12,90€
Tarif unique le lundi : 12,90€
Rens. : 01.40.68.22.22

*Propos de Roy Cullimore recueillis par Ocean Explorer

 




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Crédits photos : © RMS Titanic, Inc