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IMMONDE VIEILLE QUI CACHE SA LAIDEUR au fond des bois et penche au-dessus d'un chaudron fumant son nez crochu surmonté de verrues ou jeune femme à la beauté diabolique, le mythe de la sorcière n'a pas fini d'alimenter l'imaginaire populaire. Intermédiaire entre le monde des vivants et l'au-delà, cette créature mi-humaine mi-magique fascine autant qu'elle effraie et se trouve, depuis le Moyen-âge, au centre des récits les plus fous. Entre faits historiques et légendes rapportées par la tradition, la perception contemporaine du fait sorcier demeure vague et nourrie de fantasmes. Un flou que le Musée de la Poste, à Paris, se propose de lever grâce à l'exposition Sorcières, mythes et réalités, jusqu'au 31 mars 2012.


Par Marion Point

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DANS LE DÉCOR VOLONTAIREMENT sombre du Musée de la Poste, tout semble prêt pour le grand Sabbat. Il ne manque plus que l'élue du diable pour faire usage des ingrédients et des ustensiles exposés. Mues de serpents, crapauds desséchés, mandragores et bocaux remplis de plantes vénéneuses, la panoplie complète de la sorcière accomplie a été regroupée dans les lieux. Et pour les apprentis qui souhaiteraient mettre leur visite à profit, leçons et recettes sont elles aussi à portée de main. Plus que les ingrédients connus de tout bon amateur de contes de fée, outre les amulettes et les tarots, ce sont aussi des grimoires qui sont présentés derrière les vitrines. Un peu décevants pour l'imagination débridée du lecteur ou du cinéphile, ces petits volumes apparus dès le XIIIe siècle portent des titres plutôt simples comme Les admirables secrets d'Albert le Grand ou Les œuvres magiques d'Henri-Corneille Agrippa. Mais il ne faut pas s'y tromper : ces ouvrages contiennent tout de même les recettes pour se faire aimer et les moyens de se rendre invisible ou de changer le plomb en or. A leurs côtés se trouvent d'autres attributs mythiques des sorcières : les statuettes et figurines d'envoûtement. Autant d'objets étranges dont la forme et le matériau change en fonction de l'effet recherché. Mais la statuette en bois enfoncée de clous, la photographie recouverte à la cire et le phallus en plâtre planté d'épines sont parmi les spécimens les plus employés.



Incarnation du diable

AUTANT DIRE QUE DEPUIS LES PREMIERS TEMPS de la sorcellerie jusqu'au XXe siècle, les pratiques n'ont guère changé. D'ailleurs, les sorcières n'ont pas toutes été reléguées aux écrans de cinéma ou de télévision et, au siècle dernier, on trouvait encore en France des femmes se targuant de pratiquer la magie. Ainsi, explique Patrick Marchand, commissaire de l'exposition, "aux confins de la Creuse et à sorcière, mythe, réalité, exposition, musée de la poste, l`adresse, expo, sabbat, sorcières, créature, magie, diable, sorcier, sorcellerie, tarot, potion, monstreproximité du Berry, jusqu'aux années 1950, Madame P. menait bon train son activité d'envoûteuse. Au village, on parlait d'elle à voix basse car elle était redoutée en raison de son pouvoir. On avait recours à ses services tant pour jeter un sort sur son prochain que pour s'en délivrer. A sa mort en 1950, on trouvait encore dans sa vaste maison des souches d'arbres sculptées de figurines diaboliques ou d'animaux ainsi qu'une grande quantité de figurines humaines plantées de clous."

AU-DEL
À DE CE RASSEMBLEMENT d'objets hétéroclites, l'exposition vise surtout à restituer une atmosphère et à rendre palpable l'état d'esprit dans lequel les plus grandes affaires de sorcellerie se sont déroulées. Jusqu'au milieu du Moyen-âge, magie et fait sorcier relèvent de la pratique individuelle et nul organe de la société ne s'en émeut. Mais à partir du XIVe siècle, la sorcellerie devient une préoccupation réelle et se trouve condamnée par l'Eglise. C'est en effet à cette époque que l'idée d'un diable terrifiant et tentateur s'enracine dans les esprits. Dès lors, les soldats de l'Inquisition, institution créée par Grégoire IX en 1233, s'attaquent à tout ce qui est réputé flirter avec Satan, et en particulier les sorcières. Selon l'Eglise, les sorcières ne sont plus des individus s'adonnant à quelques pratiques magiques mais de véritables monstres dans lesquels le diable s'est incarné et qui risquent de contaminer l'ensemble de la population.


Chasse aux sorcières

IL FAUT DONC AGIR VITE et efficacement. D'où une bulle du pape Innocent VIII qui, en 1484, justifie la chasse aux sorcières. Des villages entiers sont concernés. En effet, avec de simples soupçons ou des dénonciations bien souvent calomnieuses, une femme peut alors se trouver accusée de sorcellerie et doit s'expliquer devant la justice. De là la mise en route d'une mécanique implacable : l'accusée, aculée au
rang des coupables, dénonce celle qui l'a entraînée entre les griffes de Satan, qui elle-même en dénonce une autre. Et si l'affaire ne repose pas sur des dénonciations en chaîne, c'est qu'il faut purger toute une sorcière, mythe, réalité, exposition, musée de la poste, l`adresse, expo, sabbat, sorcières, créature, magie, diable, sorcier, sorcellerie, tarot, potion, monstrecommunauté dans laquelle les femmes semblent tomber une à une sous les coups du démon : prises de crises violentes, les victimes se roulent par terre, convulsent, aboient, tombent en syncope et hurlent des insanités. Autant de signes, selon l'Eglise, de la possession démoniaque. Ce n'est qu'au XIXe siècle que, grâce à des médecins comme Jean-Martin Charcot, le mot d'hystérie est venu supplanter celui de possession.

MAIS ENTRE CETTE P
ÉRIODE à laquelle la chasse aux sorcières est définitivement abandonnée et la bulle d'Innocent VIII, de nombreux procès ont lieu, tous plus scandaleux les uns que les autres. C'est pourquoi, en plus des nombreuses œuvres peintes qui révèlent l'imaginaire tenace de la sorcellerie, Patrick Marchand a tenu à exposer les pièces de procès célèbres comme ceux de Louviers, de Loudun ou d'Aix-en-Provence. "Dans ces trois affaires, explique-t-il, des clercs furent accusés d'être les responsables de la possession démoniaque des religieuses." Tout commence à Aix-en-Provence où une sœur Ursuline, Madeleine Delandolx, accuse son directeur de conscience Louis Gaufridy, de l'avoir emmenée au sabbat puis abandonnée aux mains des démons. Cette première plainte en entraîne d'autres et, après une courte procédure de deux mois, le vicaire est supplicié et exécuté le 30 avril 1611. C’est de cette affaire retentissante que, par contamination, découleront les deux autres.


Anges et démons


AINSI SE MULTIPLIENT les procès en sorcellerie et les ouvrages qui les relatent comme l'Histoire du médecin Jacques Fontaine sur le sujet du procès de l'abominable & détestable sorcier Louis Gaufridy, ou encore la Défense de la vérité touchant la possession des religieuses de Louviers. On trouve aussi de nombreuses gravures de supplices ou de bûchers et des traités de démonologie comme le Malleus Maleficarum. Parallèlement, dans un petit territoire du pays Basque - le Labourd - la présence de sorcières est réputée telle que le roi Henri IV ordonne à deux magistrats du parlement de Bordeaux d'en
sorcière, mythe, réalité, exposition, musée de la poste, l`adresse, expo, sabbat, sorcières, créature, magie, diable, sorcier, sorcellerie, tarot, potion, monstrepurger le pays. On raconte que, pendant que leurs époux partent en mer, les femmes s'adonnent au sabbat et commettent les pires hérésies. Pierre de Lancre, un des deux magistrats envoyés sur place, multiplie les demandes de témoignages pour rendre compte des excès diaboliques des femmes du Labourd dans un ouvrage phare, le Tableau de l'inconstance des mauvais anges et des démons. Mais comme lui-même a failli succomber à la tentation satanique, l'histoire prend plus d'envergure, à tel point qu'elle résonne encore de nos jours sur les plages de la côte basque.

POUR TÉMOIGNER DE LA PERMANENCE de telles histoires, l'artiste espagnol José de la Peña (1888-1961) a peint dix-huit toiles tirées du livre de Pierre de Lancre. On y voit toutes les étapes du rituel satanique. Un vieillard au nez crochu invite les jeunes filles à comparaître au sabbat. Une femme nue étale sur son corps l'onguent magique qui doit lui permettre de se rendre sur les lieux de la cérémonie tandis que, sur la toile voisine, trois jeunes filles tout aussi nues et accompagnées du diable chevauchent un âne qui survole les eaux. Plus loin, ce sont les transes des possédées ou la présentation des enfants au diable. L'ensemble est composé des mêmes dominantes de couleurs : sur un camaïeu de bleus sombres et de gris qui plonge dans la nuit s'étale une palette de teintes chaudes. Effrayantes flambées ou lumières étranges, c'est l'enfer.

sorcière, mythe, réalité, exposition, musée de la poste, l`adresse, expo, sabbat, sorcières, créature, magie, diable, sorcier, sorcellerie, tarot, potion, monstreLES AFFICHES DE FILMS RÉCENTS  nous rappellent que dans notre réalité, sorciers et sorcières ne sont plus que fantasmes incarnés à l'écran. Mais si notre imaginaire est si tenace, n'est-ce pas qu'au fond nous regrettons le temps des sabbats et que dans une société où domine la raison, nous serions prêts, comme le célèbre Pierre de la rue Broca à scander "Sorcière, sorcière, prends garde à ton…" ?


M.P.
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à Paris, le 23/02/2012

Sorcières, mythes et réalités
Jusqu'au 31 mars 2012
L'Adresse - Musée de La Poste
34 boulevard de Vaugirard
75015 Paris
Lun-Sam 10h-18h / Nocturne le jeu 20h
Tarif plein : 6,50 €
Tarif réduit : 5,00 €
Gratuit - de 13 ans, les postiers et leurs conjoints

Rens. : 01.42.79.24.24

 



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Crédits images et légendes :
Vignette sur la page d'accueil : Naïa, la sorcière. Rochefort-en-Terre (Morbihan). Carte postale - Début XXe siècle. Coll. H. Berton/ SEREST
Image 1 : Un sorcier guérisseur. Carte postale - Début XXe siècle. Coll. H. Berton/ SEREST
Image 2 : Les fascinés de la Charité (Huile sur toile). Georges Moreau de Tours - 1889. Musée des Beaux-Arts de la ville de Reims © Photo C. Devleeschauwer
Image 3 : Les trois sorcières (Huile sur toile). Jean Claude Aujame - Avant 1957. Musée des Beaux-Arts de Rouen. © Agence Albatros, 2011. © Adagp, Paris, 2011
Image 4 : La Dame de Martiabalsarena danse. José de la Peña - 1938. Musée Basque et de l'histoire de Bayonne
Image 5 : La leçon avant le sabbat (Huile sur toile). Louis Maurice Boutet de Monvel - 1880. Nemours, château-musée. © Photo RMN, René Gabriel Ojéda