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A PRIORI LOIN des statuettes ou des masques auxquels le visiteur du quai Branly est désormais habitué, ce sont des films d'action américains méconnaissables, des péplums mexicains et des productions ghanéennes ou nigérianes qui dominent, jusqu'au 19 mai, les collections du musée. Installées dans la mezzanine centrale (espace Martine Aublet), huit affiches peintes à la main sur des matériaux de fortune témoignent du phénomène des vidéo-clubs au Ghana dans les années 1980 et 1990. Vision décalée de la culture urbaine ou reflet d'une réalité sociale, l'installation « Le Rire, l'horreur et la mort » amuse et intrigue.

Par Pierre Leroux


Le rire, l`horreur et la mort, installation, Quai Branly, affiche, vidéo club, Ghana, nollywood, nigéria, cinémaUNE EXPOSITION au Musée International des Arts Modestes de Sète en 2002 avait déjà permis aux compatriotes de Brassens et de Paul Valéry de découvrir ces affiches publicitaires insolites, devenues cultes depuis. Ces œuvres aujourd'hui célébrées, qui mêlent représentations faussement naïves et visions d'horreur, étaient destinées au départ à une consommation immédiate. Des jaquettes de cassettes vidéo sont recopiées sur grand format, à moins que l'artiste, désireux d'appâter un public plus nombreux, ne tire du film une scène de son choix. C'est ainsi que les deux opus de Species (en français La Mutante) sont représentés avec des crânes fracturés, des ventres déchirés et une créature extra-terrestre qui semble tout droit sortie de Gremlins. Racolage, violence, promesse d'une lutte terrifiante entre le Bien et le Mal, rien n'est épargné au client potentiel. Dans le cas de Demonic Cat – probablement un film nigérian – trois félins sont occupés à dévorer une femme pendant qu'un quatrième chat, un bras entre les dents, domine la scène. Ainsi, tant pour les importations que pour les productions africaines, les têtes volent et, pour paraphraser Churchill, on ne nous promet que du sang et des larmes.

DANS UN ARTICLE qui compare spectacles itinérants et vidéo-clubs des années 1990 au Ghana, Michelle Gilbert évoque les jeunes affichistes qui "disent repenser et améliorer l'illustration de la cassette vidéo ou de l'affiche imprimée sur papier pour la rendre 'plus intéressante'". La valeur ajoutée peut prendre la forme ludique d'un jeu des sept erreurs mais l'exercice de style parfois moqueur ne doit pas faire oublier que ces œuvres, dont certaines aujourd'hui sont directement produites pour le marché des collectionneurs, constituent le symptôme d'une pratique importante et l'émanation d'un art véritablement populaire.


Nollywood boulevard

AVEC ENVIRON CINQUANTE FILMS par an, le Ghana est encore loin de son grand voisin, le Nigéria, et de ses mille deux cents productions annuelles en moyenne. Le terme Nollywood, forgé sur le modèle indien de Bollywood (Bombay), décrit une production de films vidéo qui se développe de manière spectaculaire à partir de 1992. A cette époque déjà, le coût du billet de cinéma et la vétusté des installations ont favorisé le développement de vidéo-clubs qui montrent toutes sortes de films pour un prix modique. C'est autour de ces baraquements, au Ghana, que se met en place la production d'affiches peintes à la main sur de la toile de sac.

LA VIDÉO, QUE JEAN ROUCH avait qualifiée de "Sida du cinéma", répond donc à un besoin d'images que le système de production sponsorisé par l'Occident ne peut satisfaire. Il s'agit de raconter des histoires africaines pour des Africains dans des films qui ne passeront probablement jamais dans les festivals Le rire, l`horreur et la mort, installation, Quai Branly, affiche, vidéo club, Ghana, nollywood, nigéria, cinémainternationaux. Mélodrames interminables ou séries B d'action aux effets spéciaux approximatifs ont en effet peu de chance de convaincre le spectateur européen ou nord-américain. Mais l'énergie déployée pour faire exister en quelques jours un film qui sera piraté, copié et plagié dès sa sortie ne peut que susciter la fascination. Il faut entendre le réalisateur Lancelot Imasuen dans le documentaire Nollywood Babylon. En 2008, à trente-huit ans, il avait déjà réalisé 157 films et revendiquait devant la caméra son statut d'autodidacte : "Comme je n'ai pas fait d'école de cinéma où l'on enseigne l'art de filmer en courant d'un plateau à l'autre, je peux dire que j'ai appris dans la rue. Je n'ai pas de parrain, je suis un produit de moi-même et de Dieu." Les affiches ghanéennes se font l'écho pour la plupart de cette double affirmation. La mention "nice african movie", sur l'affiche de Vuga, rappelle la fierté d'une production locale et les symboles chrétiens de Blood of Jesus marquent l'influence des Églises évangéliques dans cette région du monde. C'est d'ailleurs sans doute la mise en scène d'une tension entre tradition et modernité, ville et village, qui explique le mieux le succès de Nollywood sur tout le continent.



Crépuscule des idoles ?

AUJOURD'HUI, la production de vidéos est toujours aussi dynamique mais les modes de distribution ont évolué. Les vidéo-clubs ghanéens ont presque disparu et, par conséquent, on ne produit plus de la même manière des affiches peintes depuis presque vingt ans. Les objets exposés au Quai Branly sont déjà témoins d'une époque révolue et difficile à reconstituer pour le chercheur. Entre les productions récentes directement destinées à un public de collectionneurs et la dégradation matérielle des originaux, il est facile de se noyer dans un océan iconographique aux limites indiscernables.

COMME SOUVENT au Quai Branly, face à ces étranges artefacts, se pose la question du statut des objets et de leur entrée au musée. Sommes-nous en train de réinventer, encore une fois, un art brut dont l'Afrique serait le berceau ? S'agit-il de rendre compte d'une réalité anthropologique et sociologique ? Le commissaire de l'exposition, Germain Viatte, insiste sur la "représentation assez fidèle des inquiétudes, des fantasmes, des tiraillements d'une société qui passe d'un statut traditionnel à un statut urbain". L'emprise supposée de la sorcellerie sur la société et la croisade des Églises évangéliques occupent une place importante dans la production vidéo et donc dans l'iconographie associée. Les affiches permettent de saisir des bribes d'une réalité ghanéenne sans qu'on puisse les réduire à leur rôle de documents. Le mieux, peut-être, pour sortir de ce dilemme classificatoire, serait de reprendre, à la suite de Pascal Saumade, l'appellation d'un art "modeste", qui laisse affleurer des imaginaires habituellement à la marge.

Le rire, l`horreur et la mort, installation, Quai Branly, affiche, vidéo club, Ghana, nollywood, nigéria, cinéma
P. L.
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à Paris, le 11/05/2013

Le rire, l'horreur et la mort
Installation
Musée du Quai Branly

 37, quai Branly 
Jusqu'au 19 mai 2013
Tarif plein 8,50 €
Tarif réduit 6 €


Pour aller plus loin :
Nollywood Babylon, film documentaire de Ben Addelman et Samir Mallal, Office National du film du Canada, 2008.
Barrot, Pierre (dir.), Nollywood : Le phénomène vidéo au Nigéria, L'Harmattan, 2005.
Falgayrettes-Leveau, Christiane et al, Ghana hier et aujourd'hui, Éditions Dapper, 2003.
Putters, Jean-Pierre, Ça l'Affiche mal ! Le meilleur du pire des affiches de cinéma du monde, le Ghana, Éditions La Muette, 2011.
Saumade, Pascal, Holywoodoo 2, le retour des Incredibles movie-posters du Ghana !, Le Dernier cri, 2013.

Journée d'études organisée le 14 mai au Musée du Quai Branly
9h30 - 19h Accès libre
Salle de cinéma


 



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