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L`interlude du jour

 
 
 
 
 
RÊVE DE PIERRE
EN PLEIN COEUR DE ROME, derrière le Campo dei fiori où trône, l'air grave, la statue de Giordano Bruno au milieu de l'agitation du marché romain, s'élève l'imposante façade du palais Farnèse, siège de l'Ambassade de France et de l'École française de Rome. Habituellement fermé au public, le monument, l'un des plus célèbres palais de la Renaissance, ouvre exceptionnellement ses portes jusqu'au 27 avril pour permettre aux visiteurs d'imaginer la splendeur et de la puissance de la famille Farnèse, à l'origine de son édification, et de visiter les locaux qui accueillent aujourd'hui l'Etat français à Rome. Ce sont plus de cent quarante statues, tableaux, tapisseries, meubles et pièces de monnaie qui forment l'exposition Palais Farnèse, de la Renaissance à l'Ambassade de France, et racontent cinq siècles d'Histoire, marqués par les fastes, la beauté et la culture, entre Italie et France.


Par Claire Colin


LES VOICI ENFIN TOUTES PROCHES, presque à portée de main : les fresques de la salle des "Fastes farnèsiens", où se trouve le bureau de l'ambassadeur de France. Les touristes et les Romains ne peuvent d'habitude les palais, farnèse, palais farnèse, farnese, palazzo, rome, roma, exposition, famille, histoire, ambassade, france, renaissance, carrache, michel-ange, greco, titien, paul III, portrait, sculpturevoir de que loin, sur la place Farnèse. Surtout le soir, lorsque le bureau vide reste illuminé, laissant entrevoir un peu des merveilles du palais. Il faut sinon se contenter de sa façade, entre grandeur et sobriété, et des deux fontaines de marbre monumentales provenant de fouilles effectuées dans les thermes de Caracalla. L'exposition Palais Farnese, de la Renaissance à l'Ambassade de France permet au contraire d'approcher - uniquement le week-end pour cette pièce - le travail du maniériste Francesco Salviati (1510-1563), complétée par les frères Taddeo (1529-1566) et Federico Zuccari (1502-1649), qui raconte l'histoire des Farnèse telle qu'ils voulaient qu'elle soit contée, c'est-à-dire marquée du sceau de la gloire et de la puissance, comme en témoigne la représentation en apothéose du pape Paul III, né Alexandre Farnèse, à l'origine du somptueux palais dont il a jeté les fondations en 1514, ici représenté assis entre les allégories de la Paix et la Prospérité. La scène du concile de Trente, l'une des initiatives les plus marquantes de Paul III durant son pontificat, s'inscrit dans le même projet, alliant politique et splendeur, tout comme celle de la paix de Nice conclue en 1538 entre François Ier et Charles Quint ou la représentation de la victoire des Farnèse sur les Pisans. Le plafond de bois richement sculpté, le plus ancien de tout le monument, et la gracieuse loggia dessinée par Michel-Ange viennent compléter l'ensemble. Au visiteur d'imaginer les représentants illustres de l'une des familles les plus puissantes d'Italie évoluant dans ce qui était autrefois leur salon d'apparat.


De près

DU RESTE, TOUT LE PALAIS est une invitation à un tel voyage palais, farnèse, palais farnèse, farnese, palazzo, rome, roma, exposition, famille, histoire, ambassade, france, renaissance, carrache, michel-ange, greco, titien, paul III, portrait, sculptureimaginaire dans le passé, habituellement impossible du fait de locaux fermés le plus souvent au public. Cette fois, libre à chacun d'admirer la façade de la cour principale intérieure où alternent frontons triangulaires et frontons semi-circulaires révélant ainsi la présence de Michel-Ange. De même, court au deuxième étage une frise de masquerons et de feuillages, typique de l'artiste. L'écho de la splendeur passée point également à travers les nombreuses reconstitutions virtuelles des statues qui ornaient autrefois ce cortile interne, en particulier l'imposant Hercule Farnèse (dont le palais présente par ailleurs une copie en plâtre), et la présence d'une statue originale, celle d'un Apollon assis en porphyre. Les lys des Farnèse - annonce quasi prophétique du destin français réservé au palais - ornent les murs. Les vastes salles, les larges escaliers, les hauts plafonds de bois témoignent du cadre de vie quotidien d'une des plus puissantes familles d'Italie. Puccini ne s'y est pas trompé, lui qui place le deuxième acte de la Tosca en 1900 dans le Palais. Et les Français non plus, bien sûr, qui ont fait de la demeure le siège des ambassadeurs du roi dès Louis XIV, avant d'établir une convention avec l'Italie en 1936, qui leur assure dès lors le logis en ces somptueux lieux pour un loyer symbolique, tandis que les Italiens bénéficient en échange de l'Hôtel de la Rouchefoucauld-Doudeauville à Paris pour leur propre ambassade.

C'EST SANS DOUTE LA GALERIE DES CARRACHE, réalisée entre 1597 et 1607/8, qui porte au comble cette exploration du jardin secret romain : célèbre dans l'Histoire de l'art, cette série de fresques racontant entre autres les amours des dieux est habituellement inaccessible, à l'exception de quelques jours par an. Cette fois, elles s'offrent dans toute leur splendeur : chef-d'oeuvre d'Annibal Carrache (1560-1609), secondé par son frère Augustin (1557-1602), elles auraient été commandées à l'occasion du mariage de Ranuccio Farnèse avec Marguerite Aldobrandini, d'où cette prédilection pour la thématique amoureuse. Les corps des dieux s'enlacent, s'embrassent, se fuient et se rejoignent, dans ces lignes sinueuses et fluides héritées de Michel-Ange, dont Annibal Carrache avait pu admirer l'oeuvre picturale dans la Chapelle Sixtine. L'artiste d'origine bolognaise est parvenu à créer une véritable galerie d'art total, où s'accumulent cadres de tableaux, statues et tentures en trompe-l'oeil, parvenant à occuper un espace allongé et non plus un seul mur, nouveauté pour l'époque et qui fascine durant des siècles les artistes ; rappelons que Le Brun y trouvera palais, farnèse, palais farnèse, farnese, palazzo, rome, roma, exposition, famille, histoire, ambassade, france, renaissance, carrache, michel-ange, greco, titien, paul III, portrait, sculpturel'inspiration pour créer la Galerie des Glaces à Versailles. Et le jardin lui-même, derrière, la villa, participe de cette découverte d'un palais habituellement secret offrant, pour quelques mois, la contemplation de ses beautés : les orangers, les palmiers, les citronniers et les magnolias, au milieu desquels poussent quelques cyclamens blancs, créent un espace d'harmonie naturelle, tandis qu'au loin s'élèvent quelques façades ocres de palais romains.



Puissances de l'art

SI LE CADRE RESPIRE ainsi la quiétude, les Farnèse n'ont pas pour ambition la simple tranquillité : asseoir leur puissance est pour eux un intérêt bien supérieur, et tout leur palais se doit d'illustrer leur pouvoir. Aussi, les multiples statues antiques, originales ou sous forme de reconstitutions, rappellent l'esprit de collection qui agite les esprits de nombreux membres de l'illustre famille. Car posséder des statues de l'Antiquité revient à créer un lien avec cette époque prestigieuse et, par là, légitimer la force d'une dynastie. D'où le rappel à plusieurs reprises, sous forme de reconstitution virtuelle ou de statuettes, comme celle en bronze de Francesco Righetti (1749-1819), du Taureau Farnèse, groupe de marbre colossal représentant le supplice de Dircé, attachée à un taureau, entré dans les collections farnésiennes dès qu'il est découvert en 1545 dans les fouilles des thermes de Caracalla. Des fouilles qui sont d'ailleurs commandées par Paul III dans le but de découvrir justement des statues antiques destinées à embellir sa demeure.

palais, farnèse, palais farnèse, farnese, palazzo, rome, roma, exposition, famille, histoire, ambassade, france, renaissance, carrache, michel-ange, greco, titien, paul III, portrait, sculptureL'ORIGINAL, IMMENSE, est resté à Naples, où toute la collection familiale a atterri par le jeu des mariages et des héritages. Mais certains témoins des prestiges passés sont, eux, bien présents : en particulier une Vénus callypige, littéralement "aux belles fesses", qui remonte son péplos pour admirer son postérieur, et un Atlas qui soutient avec effort le globe terrestre sur ses épaules. De la même façon, de nombreuses monnaies anciennes et des camées précieux rappellent que les collections antiques des Farnèse s'étendent à tous les domaines possibles. Meubles travaillés de façon minutieuse, toiles de maîtres, en particulier les huiles sur toile d'Annibal Carrache (Le Christ et la Cananée, 1595), du Greco (Portrait de Giulio Clovio, 1570) ou du Titien (Portrait de Settimia Jacovacci, entre 1545 et 1546), reproductions de tableaux célèbres, comme la copie du Jugement universel de Michel-Ange, réalisée par Marcello Venusti (1549), qui témoigne à la fois du retentissement de la célèbre fresque de la chapelle Sixtine et des deniers la famille capable de se l'offrir… Chaque objet rappelle la grandeur des Farnèse.

UNE PRÉSENCE PLUS FORTE ENCORE par la série de portraits de la famille accrochée dans la galerie sud-est : hommes, femmes, enfants, parés de leurs plus beaux atours, tous semblent revivre à travers leurs cadres dorés, repeuplant les lieux qui furent autrefois les leurs. Au-devant d'eux trône le Portrait de Paul III Farnèse la tête découverte, réalisé en 1534 par le Titien. La légende veut qu'une fois le tableau achevé, le peintre l'ait mis à sécher à l'une des fenêtres du palais, provoquant un quiproquo parmi les courtisans qui passaient dans la rue : chacun se serait mis à saluer avec révérence l'effigie du souverain pontife, convaincu de se retrouver devant un pape de chair. Car les yeux de Paul III semblent littéralement transpercer le visiteur et faire revivre, au milieu d’une collection de famille rassemblée, l'homme à l'origine de ce rêve de pierres.

 
 
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C.C.
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à Rome, le 21/03/2011

  Palais Farnèse, de la Renaissance à l'Ambassade de France,
  jusqu'au 27 avril
 
Ambassade de France en Italie, Palais Farnèse
  Via Giulia, 186
  Rome
  Lun et mer : 9h-19h
  Jeu - dim : 9h-12h
  Lun-ven : Tarif plein : 12 €, tarif réduit : 10 €
  Week-end, jours fériés : Tarif plein : 15 €, tarif réduit : 12 €
  Rens. : 0039 06 32810


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Crédits et légendes photos
Vignette sur la page d'accueil : Palais Farnèse – Galerie des Caracche Diane et Endymion : Palais Farnèse – Ambassade de France en Italie – Photo : Zeno Colantoni
Photo 1 Palais Farnèse – Salle des "Fastes farnésiens" : Ambassade de France en Italie – Photo : Zeno Colantoni
Photo 2 Statue de Venus Callipyge : Naples, Musée archéologique national
Photo 3 Palais Farnèse – Galerie des Caracche. Volta : Palais Farnèse – Galerie des Caracche Ambassade de France en Italie – Photo : Zeno Colantoni
Photo 4 Le Titien : Portrait de Paul III Farnèse la tête découverte, huile sur toile, (Naples, Musée national de Capodimonte)
Photo 5 Galerie des Carrache, détail : Ambassade de France en Italie - Photo de Zeno Colantoni