L`Intermède
Le choix de la rédaction aujourd`hui
bard on the beach, festival, shakespeare, vancouver, beaucoup de bruit pour rien, un conte dhiver, kevin macdonald, amber lewis
à
 la Une de L`Intermède        Instantanés : l`actualité de la photographie
L'édito        Scènes : l`actualité de la danse et du théâtre
L`actualité culturelle à l`étranger        Formes : l`actualité de la sculpture, du design et de l`architecture
L`actualité de la recherche        crans : l`actualité du cinéma et des séries TV
Tous les dossiers        Civilisation : l`actualité des événements liés à des cultures
Toutes les chroniques        Pages : l`actualité de la littérature et du dessin
La rédaction de L`Intermède        Toiles : l`actualité de la peinture
Nous contacter        Sons : l`actualité de la musique

Suivez l`actualité de L`Intermède sur FacebookS`abonner à la newsletter de L`IntermèdeS`abonner au flux RSS de L`IntermèdeRetrouvez nos meilleurs interludes sur notre chaîne YouTube
L`interlude du jour

 
 
 
 
 
manuscrit, manuscrits, birman, birmans, birmanie, exposition, rétrospective, collection, description, musée guimet, musée, guimet, france, or, laque, dictature, oeuvre, art

AU COEUR DE LA ROTONDE du musée Guimet, où une magnifique collection de livres trône depuis plus d'un siècle, sont apparus depuis quelques temps des manuscrits encore inconnus des plus fervents visiteurs. Revenus d'un dépôt de cinquante ans à la Bibliothèque nationale de France, ouvrages laqués et albums de miniatures birmans ont trouvé en ces lieux une place de choix. C'est qu'il s'agit non seulement de mettre en valeur des collections inédites mais aussi, précise Francis Marcouin, commissaire de l'exposition, de permettre la découverte d' "une brillante culture que la conquête britannique et le régime politique actuel ont occulté".

Par Marion Point

manuscrit, manuscrits, birman, birmans, birmanie, exposition, rétrospective, collection, description, musée guimet, musée, guimet, france, or, laque, dictature, oeuvre, art

POUR LE N
ÉOPHYTE qui pénètre la bibliothèque du musée Guimet, les vitrines de la salle regorgent avant tout de trésors inconnus. Avec leur forme atypique et leurs pages rehaussées d'or, de laque rouge et de miniatures peintes, les manuscrits birmans frappent par leur beauté exotique. D'origine tibéto-birmane, le système d'écriture utilisé est absolument indéchiffrable pour qui ne connaît que l'alphabet romain et, très vite, les lettres brahmiques, toutes de boucles et de courbes, se transforment en une série d'arabesques qui fascinent plus qu'elles ne renseignent. Sur les olles, tiges de palmes bouillies, débarrassées de leur résine et séchées, les caractères formant le texte sont soigneusement incisés au stylet ou peints au calame. Pour les ouvrages les plus modestes, les entailles du stylet sont simplement recouvertes de pigment noir mais pour les manuscrits les plus achevés, olles préalablement laquées de rouge, dorures et fresques géométriques servent d'ornements. Écrin pour ces précieuses feuilles de palme perforées et reliées par un fin cordon, deux ensembles d'olles collées ou deux planchettes de bois enserrent les pages et servent de couvertures. Ces ais, comme les nomme la tradition, sont l'occasion de nouveaux exercices de virtuosité. Ils peuvent être laqués mais aussi dorés ou soigneusement sculptés.


Camaïeux variés

AU-DELÀ DES BEAUTÉS de la calligraphie ou des matériaux, les livres peints, ces véritables chefs d'oeuvre de minutie, sont indubitablement les plus travaillés. Fabriqués sur des feuilles de papier pliées en accordéon, ces parabaik témoignent d'un art subtil du coloris et du détail. Funérailles d'un religieux, fête royale des eaux ou exercices de cavalerie sont autant de thèmes qu'illustrent les miniatures. Les traits y sont fins et précis, les couleurs vives appliquées en camaïeux variés et les postures et expressions des figures, bien que stylisées, travaillées avec précision. La représentation du drame Inaung dans le manuscrit 4806 en est un bel exemple : peinte sur quatre feuillets, la miniaturemanuscrit, manuscrits, birman, birmans, birmanie, exposition, rétrospective, collection, description, musée guimet, musée, guimet, france, or, laque, dictature, oeuvre, art met en scène des dizaines de personnages venus assister à la pièce. Au centre de l'image, les acteurs sont peints dans de somptueux costumes dont les moindres détails sont reproduits ; à droite, le roi et la reine assistent au spectacle à l'abri de leur pavillon tandis que sur l'herbe, tout autour des acteurs, musiciens et membres de la cour sont figurés dans les postures les plus variées. Quelques-uns sont debout, d'autres dansent. Et si la plupart sont agenouillés, les gestes qu'ils esquissent animent l'ensemble de l'enluminure d'une vie remarquable.

SI L'EXISTENCE de tous ces manuscrits précieux, conçus pour l’essentiel entre les XVIIe et XIXe siècles, s'explique en partie par l'usage tardif de l'imprimerie en Birmanie, il serait absurde de la réduire à cela. De tels chefs-d'œuvre de calligraphie n'ont pas vu le jour simplement à cause de difficultés techniques mais surtout parce qu'ils sont les fruits et le témoignage de l'apogée de la culture birmane. Au milieu du XVIIe siècle, le pays s'engage dans de nombreuses conquêtes, ce qui lui permet d'accroître son territoire et d'assimiler de nouvelles pratiques culturelles. C'est ainsi que l'influence de l'art thaï contribue au développement et au raffinement des productions birmanes. Cet âge d'or voit aussi naître des modes de vie et des pratiques curiales que les miniaturistes s'appliquent à immortaliser dans les enluminures. Malheureusement la prospérité de l'empire birman ne dure qu'un temps et, lorsque commencent les guerres anglo-saxonnes de la deuxième moitié du XIXe siècle, c'est tout un pan de culture qui disparaît, soit que la production de manuscrits s'amoindrisse, soit que les livres subissent les ravages des conflits qui ont jalonné les deux derniers siècles de l'histoire birmane.



Lamelles d'ivoire

DÈS LORS, LES LIVRES EXPOSÉS au musée Guimet ne sont plus seulement à considérer comme des œuvres d'art mais aussi comme les dépositaires d'un passé glorieux. Ces ouvrages, explique, Francis Marcouin, "portent témoignage de la culture brillante" d'un peuple de lettrés.  "Ils rendent aussi manifeste l'extrême importance de la foi bouddhique dans le pays puisque, pour des motifs religieux, un nombre très important de livres de luxe contenant les textes canoniques a été produit." De fait, parmi les manuscrits conservés au musée Guimet, les kammavācā, recueils de textes religieux offerts aux moines pour leur ordination, sont légion. "À choisir une pièce parmi les manuscrits montrés, concède le commissaire de l'exposition, je retiendrais volontiers le kammavācā façonné sur des lamelles d'ivoire. Il est emblématique d'une catégorie de manuscrits propres aux Birmans, les livres d'ordination, et manuscrit, manuscrits, birman, birmans, birmanie, exposition, rétrospective, collection, description, musée guimet, musée, guimet, france, or, laque, dictature, oeuvre, artexceptionnel par sa réalisation et son support luxueux." Un trésor que, à l'égard d'un peuple encore sous le joug d'un pouvoir dictatorial, il convient de ne pas oublier.

M.P.

--------------------------
à Paris, le 16/01/2012

Manuscrits birmans
Jusqu'au au 23 janvier 2012
Musée Guimet
6 place d’Iéna 75116 Paris
Tlj (sf mar) 10h - 18h
Tarif plein : 7 € 50
Tarif réduit : 5 € 50
- 18 ans : Gratuit
Rens. : 01 56 52 53 00

 



D`autres articles de la rubrique Civilisations

Exposition : La Magie des lanternes au Jardin botanique de Montréal, au Canada, jusqu`au 31 octobre 2011.

Exposition : Beauté, morale et volupté dans l`Angleterre d`Oscar Wilde, au Musée d`Orsay, jusqu`au 15 janvier 2012.