L`Intermède
dessins de presse, de louis philippe à nos jours, exposition, BnF, françois-mitterrand, Daumier, Bib, Grandville, Dubout,  département des Estampes et de la photographie, tim, dessin, presse, plantu Dessins de presse et traits d'esprit
Jusqu'à la fin du mois d'avril, la Bibliothèque nationale de France présente un échantillon de son impressionnante collection de dessins de presse, brassant les illustrations sur papier journal de "Louis Philippe à nos jours", dans l’allée Julien Cain du site François Mitterrand. Dans des pupitres et sur les murs se dévoilent ainsi deux siècles d'illustration, pour une démonstration éloquente de la richesse d'une pratique trop souvent mésestimée.
Forte d’une collection de plusieurs milliers de dessins, la Bibliothèque Nationale de France affiche, depuis un an, le souhait de mettre en lumière le travail de dessinateurs souvent méconnus : ceux qui ont noirci les colonnes de presse, dont le statut hybride, à mi-chemin entre la plume et le crayon, a marqué l'Histoire. Diffusant des images qui ne sortent jamais des salles de conservation à cause de la fragilité de leur support, la grande bibliothèque propose un panorama exceptionnel de l'histoire de la presse illustrée française, et commence tout juste à inventorier les grandes questions que ces œuvres n'ont pas manqué de poser au cours des deux derniers siècles. Témoin de ce travail de renouveau, l'exposition Dessins de presse, de Louis Phillippe à nos jours, menée par Martine Mauvieux, conservatrice au département des estampes et de la photographie, qui donne à voir des images quasi inédites, des publications oubliées qui demeurent sources d'inspiration pour le dessin contemporain.

La volonté de la BnF d'animer en permanence l’allée Julien dessins de presse, de louis philippe à nos jours,
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plantuCain, lieu de passage où peu de gens prennent le temps de flâner, constitue un pari. Si la mise à disposition de ces images sur le parcours quotidien des étudiants et chercheurs est le meilleur moyen d'attirer leur attention - et qui, mieux que Daumier, Gill ou encore Sennep, pourrait capter le regard du passant ? -, elle ne permet malheureusement pas d'exposer des œuvres originales fragiles, et doit donc se limiter à des reproductions dont la qualité est inégale. Nul dessin original, donc, mais une vaste sélection (soixante-treize artistes pour une centaine de dessins) qui dresse un portrait généreux de l'évolution des styles du dessin de presse.

Dessins de presse..., sans prétention scientifique ou historique, dévoile une richesse de traits et de publications insoupçonnés, s'attardant sur les œuvres et leurs auteurs plus encore que sur leur contexte de création. Ce sont ici les images qui sont à l'honneur, comme une première prise de contact avant d’approfondir les questions inhérentes à l'existence du dessin de presse. L'affichage, parfois quelque peu arbitraire - les thèmes sélectionnés ont tendance à se recouper, à l'instar des portraits-charges qui flirtent avec la question de la censure -, permet ainsi de dresser un panorama général dont l'accrochage mêle œuvres du XIXe, du XXe et du XXIe siècle, en un va-et-vient constant. Cette mise en regard, qui constitue une des volontés première de Martine Mauvieux, permet de dresser des ponts, d'observer l'évolution des styles et de saisir les références aux maîtres du dessin de presse. Ainsi, comment ne pas noter la fameuse caricature en poire de Louis Philippe par Daumier en 1831, remaniée à de nombreuses reprises non seulement au XIXe siècle - la Physiognomie n°3 de Chanteclair de 1894, où en fait de poire, ce sont des poumons qui servent la représentation d'un ancien candidat à la présidence de la République -, mais aussi en 1973 - le Richard Nixon de Mulatier au moment du scandale du Watergate.

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plantu Les références font légion dans la sphère très cultivée du dessin de presse : échos aux caricatures du passé, mais aussi à la peinture - Giscard d’Estaing en Madame Récamier par Tim en 1974 -, et surtout dialogues, voire batailles acharnées, par dessins interposés. Ainsi, la période de l'Affaire Dreyfus voit naître des journaux illustrés dreyfusards - on songe au Sifflet de H.G. Ibels - et antidreyfusards - Psst de Forain -, qui se livrent une guerre farouche par le trait. La commissaire s'est attachée à exposer ces publications spécifiques, créées par les dessinateurs de presse pour diffuser leurs images, revenant ainsi sur une tradition qui commence au XIXe siècle, avec notamment La caricature (1830) et Le Charivari (1832), et qui s'est poursuivie jusqu'à aujourd’hui, à l'image d'un Siné Hebdo. D'où le choix de faire courir la chronologie de la Monarchie de Juillet à l'époque contemporaine, présentant ainsi l'évolution de la tradition du dessin de presse, à commencer par Honoré Daumier, maître incontesté dont l'héritage est encore très présent. Suivant son idée de rendre hommage à tous ces artistes souvent mésestimés, Martine Mauvieux met donc les dessinateurs et leurs batailles à l’honneur. Car c'est bien le souci de redorer le blason des dessinateurs de presse qui alimente l'exposition. Ces dessinateurs ni totalement journalistes ni totalement artistes, ont dû se battre pour exercer cette profession difficile, toujours en marge.

Et pourtant, à la vue de la centaine de planches exposées à la BnF, leur intelligence des événements contemporains reste sans pareil. La retranscription des idées par un trait plein d'humour, limpide, tantôt fourmillant de détails, tantôt sec, devient écrin de choix pour une compréhension immédiate de l'histoire contemporaine, politique et sociale. Le dessin seul semble capable de transmettre une idée avec autant de célérité, sans s'embarasser de circonlocutions. A ce titre, le dessin de Lionel en 1948 est éloquent : "J’en ai une tête ce matin", se dit Staline qui observe, dans le miroir, le reflet d'Hitler. Ainsi, plus loin, Marcellin réagit-il aux aménagements d’Haussmann en 1856 dans son Paris Embelli en une image divisée en dessins de presse, de
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des Estampes et de la photographie, tim, dessin, presse, plantu deux parties : à gauche, le style du dessin fourmillant de détails montre un Paris nocturne, sale et malfamé, tandis qu'à droite, Paris est lumineux, chic et haussmannien. Le 12 octobre 1960, Sennep caricature dans le Figaro le café de Flore et la signature du manifeste de la "Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d’Algérie" : "Garçon, de l'encre !" s'exclament les suiveurs de Sartre. Plus proche encore, l'illustration de Charb dans le Charlie Hebdo du 25 octobre 2000, Epargnez les vaches ("mangez directement de la farine animale"), représente une vache attablée qui essaye de faire avaler de la farine à un homme hébété. En un espace très limité, l'épiphanie a lieu, et quelques traits tirés à l'encre regorgent d'idées et allusions.

Les allusions aux difficultés des dessinateurs ne sont malheureusement qu'esquissées. La multitude de publications créées illustre, en creux, leurs difficultés à installer une publication sur le long terme, sans parler du déclin de la presse écrite aujourd'hui, qui rend leur position de plus en plus précaire. Tour à tour arrêtés, menés en justice et sources de polémique, ces illustrateurs du monde contemporain ont bien souvent achevé leur vie dans la misère et l’oubli.  Mais, en lame de fond, c'est surtout la question de la censure qui se pose. Car si des lois pour garantir la liberté de la presse existent, les dessinateurs font toujours l’objet d'attaques et tentatives d'intimidation. Si l’on pense principalement à la figure d'Anastasie, vieille femme aigrie, allégorie de la censure armée de ses ciseaux - dans la Lune Rousse du 27 janvier 1878, Gill se représente brandissant devant une Anastasie pleine d’effroi un dessin d'enfant -, il ne faut pas oublier que l'époque contemporaine fait face à ses propres tabous. L'un des derniers épisodes étant les caricatures de Mahomet, dont le retentissement a largement dépassé les frontières de la Suède, où elles avaient été publiées. Paradoxe tout autant que preuve de l'acuité de ces fines plumes d'encre souvent ignorées qui, parce qu'acérées, savent s'émanciper de l'espace restreint entre les colonnes des journaux, et révéler tout leur pouvoir.
 
Lucie Choupaut
Le 02/04/10

 
Les dispositifs pour le public handicapé
Après avoir rendu accessible son exposition permanente aux personnes handicapées, la Bibliothèque nationale de France souhaite travailler également dans ce sens pour ses expositions temporaires, au rythme d’un projet par an. En 2009, il s’agissait de La Légende du roi Arthur. En 2010, Dessins de Presse prend le relai. Sur la centaine de dessins présentés, dix sont accessibles, soit deux par sections. Cette sélection a été réalisée avec la commissaire de la manifestation, Martine Mauvieux, à la lumière des difficultés à les rendre tactiles ; chaque dessin est en effet en relief. Il est accompagné d’un pupitre avec une explication braille et écriture en gros caractères, pour les visiteurs amblyopes. Les cartels présentent les légendes du dessin, parfois des explications historiques et des repères pour que le visiteur handicapé se retrouve dans l’exploration de l’image. Afin que le visiteur non-voyant prenne pleinement possession de l’image, il faut le guider dans la découverte de l’illustration présentée qui se fait pas à pas ; il ne peut y avoir de vision globale, mais uniquement morcelée, de la représentation qui prend forme sous les doigts. Quelques temps avant l’ouverture au public de l’exposition, des phases de tests ont été observées. Il était important notamment pour la BnF que les pupitres soient intéressants mais aussi qu’ils s’insèrent agréablement dans le parcours de l’exposition pour ne pas en perturber la visite et que les visiteurs handicapés se mêlent pleinement aux autres sans différence aucune.
 
Sidney Grima

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Dessins de presse, de Louis Philippe à nos jours, jusqu'au 25 avril 2010
BnF / François Mitterrand Quai François Mauriac
75003 Paris
Allée Julien Cain
Mar-sam : 9h-20h
Lun : 14h-19h
Dim : 13h-19h
Entrée libre





 




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Crédits et légendes photos
Vignettes sur la page d'accueil : André Gill, "Quelques Avocats" L’Eclipse, 22 novembre 1868 BnF, Estampes et photographie
Image 1 Aristide Delannoy, "Paul Deschanel" Les Hommes du jour, 1908 BnF, Estampes et photographie
Image 2 Plantu, "Dehors les étrangers" BnF, Estampes et photographie © Plantu 1978
Image 3 Aristide Delannoy, "Georges Clémenceau" Les Hommes du jour, 1908 BnF, Estampes et photographie
Image 4 André Gill, "Le Journalisme de l’avenir" L’Eclipse, 5 décembre 1875 BnF, Estampes et photographie
Image 5 [La censure ]© Philippe Bissières, paru dans Dessins Presse, mars 1977 photographie B.Huet - Tutti BnF, Estampes et photographie