L`Intermède
Dossier Vampires Nosferatu Murnau Max Schreck Dracula Bran Stoker Comte Orlok Transylvanie Thomas HutterÉpisode 1 - Nosferatu, cauchemar expressionniste
"Quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre…" Cette insertion célèbre décrit l'arrivée insouciante du héros dans le domaine du comte Nosferatu, vampire terrifiant et personnage éponyme du film de F. W. Murnau (1888-1931), et prépare le spectateur au choc de la première incursion visuelle dans le monde des vampires.

Sorti en 1922, ce long métrage muet allemand fut le premier de l'Histoire du cinéma à s'intéresser au vampirisme. La démarche du réalisateur transparaît dans le titre complet du film, Nosferatu, eine Symphonie des Grauens : Nosferatu, une symphonie de l’horreur, posant ainsi les premiers jalons du genre au cinéma, qui seront repris ensuite avec succès par l'industrie hollywoodienne, tout comme dans le remake qui en sera fait en 1979, réalisé par Werner Herzog : Nosferatu, fantôme de la nuit.

Le scénario du film est une adaptation directe du Dracula de Bram Stoker publié en 1897, mais Henrik Galeen, qui en est l'auteur, eut l'idée de changer les noms des personnages et des lieux afin d'éviter de payer les droits d'auteur dus à la veuve de Bram Stoker. Cette astuce, bien que nécessaire à la réalisation du film qui n'avait qu'un petit budget, aurait pu s'avérer fatale. En effet, après plusieurs procès, la veuve de Bram Stoker obtint la destruction des copies du film et, sans la passion de quelques spectateurs et cinéastes qui en cachèrent les dernières pellicules, il ne serait sans doute pas visible aujourd’hui. Dossier Vampires Nosferatu Murnau Max Schreck Dracula Bran Stoker Comte Orlok Transylvanie Thomas Hutter

Nosferatu dépeint le voyage en Transylvanie de Thomas Hutter, jeune agent immobilier, qui doit se rendre auprès du comte Orlok dans l'espoir de lui vendre une résidence. Après un trajet paisible, le jeune Hutter est mis en garde à l'approche de la demeure d'Orlok. Faisant fi des conseils, il parvient jusqu’au domaine du comte où des fantômes l'emportent dans un mystérieux carrosse roulant à un train d'enfer. Accueilli par le châtelain lui-même, Hutter procède à la vente, mais fait malencontreusement tomber un portrait de sa fiancée Ellen, dont s'empare le mystérieux noble, fasciné. Le comte Orlok, qui n'est autre que Nosferatu, décide alors d’acheter la maison située en face de celle du couple Hutter.

Le malaise et l'angoisse apparaissent dès le début du film grâce aux cordes tendues du compositeur Hans Erdmann. Les dissonances, les reprises en canon, le thème lancinant nourrissent un sentiment de fatalité, de douleur et de désespoir, même lors des scènes joyeuses. La tension est renforcée par la maîtrise technique du réalisateur, qui ne fait pas de Nosferatu un véritable film en noir et blanc : les scènes nocturnes ont une teinte bleutée, les scènes de jour sont empreintes de sépia, contribuant à donner un aspect surréaliste aux images. Les effets spéciaux ont aussi leur importance, comme lorsque Hutter franchit la frontière du domaine du comte et qu'un équipage vient le chercher. L'effet surnaturel dans cette scène est obtenu par une accélération de l’image. Et lors du trajet de la calèche, l’image passe en négatif, rendant le ciel noir, les chevaux et le carrosse blanc phosphorescent, symbole effrayant du passage dans le monde des fantômes. Enfin, la recherche d'angles de vue originaux et le jeu sur les ombres renforcent l'attente et l'angoisse des scènes d'horreur, notamment lors des apparitions du vampire.

Cette utilisation des contrastes, de la musique, la violence des images et le jeu des acteurs inscrivent le Nosferatu de Murnau dans la droite lignée de l'expressionnisme allemand. Fruit de l'angoisse et du repli allemand après la défaite de la première Guerre Mondiale, le cinéma expressionniste fuyait toute représentation réaliste, sans refuser l'utilisation des principes formels de la figuration et de la narration. Un film sur le mythe du vampire pouvait donc parfaitement utiliser les préceptes de ce mouvement. L’histoire n’est pas vraisemblable, les personnages sont issus d’un roman fantastique et même la nature semble avoir une volonté propre, comme le suggère le retour énigmatique pendant le film des plans sur les plantes carnivores. L’environnement se trouve parfois à la limite de l'abstraction,  à l'instar de cette scène où l’ombre démultipliée du vampire monte les marches de l’escalier pour se rendre dans la chambre d’Ellen.
 
L'atmosphère, la technique et la musique font sans doute de Nosferatu le meilleur film de Murnau réalisé en Allemagne. Mais la postérité et le succès du film sont dus tout autant à l’acteur qui interprète le vampire. Max Schreck (1879-1936) incarne à la perfection le Nosferatu de Murnau. Le visage chauve et maigre, le corps bossu et longiligne, les mains squelettiques constituent une représentation inégalée Dossier Vampires Nosferatu Murnau Max Schreck Dracula Bran Stoker Comte Orlok Transylvanie Thomas Hutterdu vampire au cinéma, une vision de cauchemar rendue troublante par le jeu hiératique et froid de l’acteur. Les yeux insensibles entourés d'un cercle de suie, Max Schreck parvient, par le regard, à communiquer la folie monstrueuse, la solitude et le désespoir enfiévré de son personnage. La qualité de son interprétation suscita les rumeurs les plus folles à l’époque, dont celle certifiant qu’il était un authentique vampire. Cette légende fut d'ailleurs reprise dans le film l’Ombre du Vampire d'E. Elias Merhige, tourné en 2000, long métrage se déroulant durant le tournage de Nosferatu, avec Willem Dafoe dans le rôle de Max Schreck et John Malkovich dans celui de F. W. Murnau.

Au-delà de son traitement visuel original, le personnage même de Nosferatu est en contradiction avec la future représentation traditionnelle du vampire. Là où les films postérieurs ont imaginé Dracula élégant, raffiné, doté d’un charme irrésistible, le suceur de sang de Murnau est pâle, décharné, bestial. Loin du vampire séducteur possédant un riche château et ayant parfois vécu une histoire personnelle générant de la compassion chez le spectateur - on pense notamment au Dracula de Francis Ford Coppola - Nosferatu est un être noir, suscitant le dégoût, apportant la pestilence et la désolation. Le château est ainsi une figuration de son âme, comme le veulent les règles de l'expressionnisme. Planté sur une lande désolée, il est lugubre, austère et perdu. La dernière image est particulièrement révélatrice : à la mort du comte, le château nous apparaît en ruine. L'image mythique du vampire terrassé par l'aube fut également conçue par Murnau, puisque le Dracula de Stoker se promène au contraire à Londres en plein jour. Et, la victime de Nosferatu, Ellen, ne survivra pas à l'empreinte de ses crocs. Tout est, ici, nimbé de ténèbres.
 
Vincent Lai - de Roëf
Le 13/11/2009


Dossier Vampires Nosferatu Murnau Max Schreck Dracula Bran Stoker Comte Orlok Transylvanie Thomas Hutter
Nosferatu, drame fantastique allemand de F.W. Murnau
Réalisé en 1922
Avec Max Schreck, Gustav Von Wangenheim, Greta Schröder...
  1h34















Bande-annonce du film



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Légendes et Crédits photos:
Photo 1 Nosferatu de F.W. Murnau. Droits: Friedrich-Wilhelm-Murnau-Stiftung ; Distributeur: Transit Film GmbH
Photo 2 Photographie de plateau de Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau, 1921 Droits: Friedrich-Wilhelm-Murnau-Stiftung ; Distributeur: Transit Film GmbH
Photo 3 Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau, 1921 Droits: Friedrich-Wilhelm-Murnau-Stiftung ; Distributeur: Transit Film GmbH