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L`interlude du jour

 
 
 
 
 
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NOUS REPRENONS cette année la tradition lancée en 2015 : L'Intermède revient sur la Croisette et vous propose un dossier au jour le jour, au gré des projections et des événements. 
Par Claire Cornillon

 
Samedi 27 mai - Bientôt la fin

En ce dernier jour avant la reprise des films et le palmarès, le festival commence à tirer des bilans de ses différentes sélections. Hier soir, le jury de Cannes Soundtrack a par exemple attribué son prix du meilleur compositeur à Oneohtrix Point Never pour le film Good Time. Une bande originale dont nous vous avions justement parlé il y a quelques jours. Ce matin, la musique de film était aussi à l'honneur avec la présence du compositeur Alexandre Desplat à la conférence de presse du nouveau film de Roman Polanski. Également auteur de la musique du nouveau documentaire de Raymond Depardon, 12 jours, présenté un peu plus tôt lors du festival, le compositeur était cette année bien présent sur la Croisette. "Pourquoi ne posez-vous pas plus de questions à Alexandre Desplat ?", demandait justement aux journalistes Roman Polanski, qui attirait presque toutes les questions lors de la conférence. Tout comme le dernier film en compétition présenté hier, L'Amant double de François Ozon, son film D'après une histoire vraie est un thriller psychologique adapté d'un roman, ici de Delphine De Vigan. Les deux films, très emphatiques, ne laissent aucune place au spectateur, noyé sous une intrigue prévisible qui ne cesse d'expliciter son propre sens. Se voulant étranges et ambigus, les deux films n'offrent précisément aucun espace pour la nuance. Le jeu anti-naturel des acteurs souligne d'ailleurs ce symbolisme outré et empêche finalement les films de fonctionner au sein du genre qui est le leur. La conférence de presse du film de Roman Polanski a cependant soulevé une discussion très pertinente sur le rapport au réel et à la fiction dans le monde contemporain : cette obsession du "d'après une histoire vraie", une réflexion qui malheureusement trouve peu de place dans le film lui-même.

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Crédit Photo : Claire Cornillon


Vendredi 26 mai - Retour à Twin Peaks

Hier soir, la Croisette résonnait au son de la musique d'Angelo Badalamenti. Après 25 ans d'absence, l'une des plus grandes séries de tous les temps, Twin Peaks de David Lynch et Mark Frost, faisait cette semaine son grand retour. Les épisodes étaient disponibles depuis dimanche soir mais les festivaliers ont pu découvrir les deux premiers de cette nouvelle saison sur grand écran. Un privilège qui ne se refuse pas. Tout avait été dit ou espéré autour de ce grand come back, mais le résultat a dépassé les rêves des fans. Les festivaliers ont d'ailleurs offert une standing ovation bien méritée à la série tant elle parvient à se réinventer en 2017, tout en s'inscrivant parfaitement dans sa propre continuité. Retrouver les acteurs originaux 25 ans après est une nouvelle manière de penser le rapport spécifique à la temporalité sérielle et Twin Peaks vient à nouveau prouver les possibilités de la télévision. Étranges, hypnotiques, inquiétants, foisonnants aussi tant l'on passe d'un personnage à l'autre, ces épisodes augurent d'une saison passionnante. Nous sommes enfin de retour dans la chambre rouge. Elle est toujours là. Elle nous attendait simplement.

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Jeudi 25 mai -  B.O.
 
C'est avec la musique d'Oneohtrix Point Never dans la tête que les festivaliers ont quitté le Grand Théâtre Lumière aujourd'hui après la projection du film des frères Safdie, Good Time. Rappelant par certains moments la bande son du premier Terminator, c'est dans une ambiance très années 1980, version Michael Mann, que nous plonge le film présenté en compétition. Robert Pattinson, dont on n'est plus vraiment étonné qu'il nous étonne, y incarne un braqueur de banque dont la nuit va de mal en pis alors qu'il essaie d'aider son frère, handicapé mental, arrêté suite à un braquage qui a mal tourné. De rebondissements en rebondissements, ce thriller traque les personnages dans une ville nocturne saturée de couleurs étranges. Certes le scénario n'a rien de neuf, mais l'énergie brute des acteurs et de la mise en scène mêlée à la sophistication référencée de la photographie et de la musique séduit et tient en haleine.

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Crédit Photo : Claire Cornillon
 
 
Mercredi 24 mai - Et il y a des jours sans

Les deux films présentés en compétition aujourd'hui n'ont pas vraiment soulevé l'enthousiasme. Le Rodin de Jacques Doillon a reçu un accueil catastrophique sur la Croisette. Il faut dire que le film, qui aborde l'histoire bien connue de Rodin et Camille Claudel, n'apporte rien de vraiment nouveau et laisse ses acteurs débiter des dialogues boursouflés comme si chaque phrase qu'ils prononçaient était sensée changer la face du monde. Difficile pour beaucoup d'aller au bout et bien des journalistes ont quitté la salle dès la première demi-heure. Ce matin, l'attendu Les Proies de Sofia Coppola a aussi déçu. Malgré un beau casting (avec notamment les décidément omniprésents Colin Farrell, Nicole Kidman et Elle Fanning), le film reste à la surface de son sujet tout en proposant une vision plutôt problématique en termes de représentation de genre. On cherchera donc aujourd'hui consolation dans les sélections parallèles, qui réservent toujours de belles surprises, ou encore à la Masterclass exceptionnelle avec le réalisateur Alfonso Cuaron. Pour ceux, bien entendu, qui auront la chance d'entrer.

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Crédit Photo : Claire Cornillon

 
Mardi 23 mai - À contre-jour

7e jour de festival. La fatigue commence à se sentir. On ne sait plus vraiment quel jour on est, à force de nuits courtes et de longues files d'attente au soleil. Et pourtant, certains films viennent nous saisir, nous réveiller. Soudain, ils nous vont droit au coeur. C'était le cas aujourd'hui de Vers la lumière de Naomi Kawase, qui raconte la rencontre entre une jeune femme écrivant des audiodescriptions pour le cinéma et un photographe en train de perdre la vue. Naomi Kawase les filme toujours enveloppés dans une lumière éclatante, souvent à contre-jour. On ne distingue que des silhouettes, mais les impressions sont bien là. Deux personnages qui cherchent à appréhender et à dire le monde, à construire ce lien avec ce qui les entoure. C'est aussi un film sur le cinéma : que peut-être finalement le cinéma sans image? Une expérience commune, un partage. C'est en tout cas ce que nous avons ressenti dans cette lumière qui a baigné pour un temps notre salle obscure.

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Crédit Photo : Claire Cornillon

 
Lundi 22 mai - Punk is not dead

"J'essaie encore d'explorer de nouvelles choses, de prendre des risques, comme quand j'étais une jeune actrice de 21 ans", déclarait ce matin Nicole Kidman. En effet à l'affiche de plusieurs films plutôt barrés cette année au festival, elle présentait aujourd'hui The Killing of a Sacred Deer de Yorgos Lanthimos. Le réalisateur avait fait sensation il y a deux ans avec son étrange The Lobster. Cette année, son film déçoit. Parti d'un concept certes intéressant, il traîne en longueur et on peine à comprendre où il veut en venir, ce que la conférence de presse n'a pas vraiment éclairci. En revanche, la bonne surprise vient d'un autre film, dans lequel Nicole Kidman interprète cette fois une sorte de grande prêtresse du punk, How to Talk to Girls at Parties de John Cameron MitchellLe film, adapté d'une oeuvre de Neil Gaiman, fait rencontrer à de jeunes punks anglais en 1977 un groupe d'extraterrestres venus visiter notre planète et qui semblent tout droit sortis d'un film psychédélique des années 1960. Le film va au bout de son concept et propose un voyage complètement délirant qui explore avec jubilation la rébellion et la nécessité de s'opposer à une culture dominante mortifère. On embarque avec plaisir avec ces personnages qui nous offrent un souffle de liberté, de créativité et d'amour authentique.

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Crédit Photo : Claire Cornillon

 
Dimanche 21 mai - Tout le monde aime Emma Thompson

"Et si on laissait Emma répondre à toutes les questions ?" proposait ce matin Noah Baumbach à la conférence de presse de son nouveau film The Meyerowitz stories (New and Selected). L'actrice, qui expliquait avoir eu l'impression d'être dans un monde étranger en lisant ce scénario américain, était pourtant comme un poisson dans l'eau, au milieu de ses collègues tout aussi légendaires venus également défendre le film. Rien moins que Ben Stiller, Adam Sandler et Dustin Hoffman. Autre film Netflix de cette compétition, The Meyerowitz stories est, comme son nom l'indique, une comédie dramatique centrée sur une famille : le père, sculpteur vieillissant et ses trois enfants issus de différents mariages, dont les deux frères interprétés par Stiller et Sandler. Une famille qui a bien du mal à communiquer et dont chacun des membres se sent en échec par rapport aux attentes des autres. Matthew a réussi professionnellement mais n'est pas un artiste comme son père l'aurait voulu ; Danny est un père fantastique mais n'a pas de carrière ; et le père lui-même ne cesse de se comparer à un autre artiste dont la renommée dépasse la sienne. Le film, sympathique sans être vraiment mémorable, existe surtout par son casting particulièrement réussi. Ben Stiller et Adam Sandler, en particulier, y montrent une fois de plus l'ampleur de leur palette et la subtilité de leur jeu tant comique que dramatique.

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Crédit Photo : Claire Cornillon

 
Samedi 20 mai - Une sélection politique

La tendance politique de la sélection de cette année se confirme aujourd'hui. Après la cause animale et les OGM hier, c'est aujourd'hui la question de la violence dans les sociétés contemporaines qu'aborde The Square, film suédois de Ruben Östlund présenté en compétition. Le directeur d'un musée d'art contemporain y est obligé de confronter les principes qu'il met en avant dans les oeuvres qu'il défend avec la réalité de ses comportements dans la vie de tous les jours. Le film pose des questions d'éthique individuelle mais aussi de psychologie sociale dans une satire qui, malgré son humour, fait parfois froid dans le dos. La question du collectif et de l'individuel est aussi au coeur du second film présenté en compétition aujourd'hui, mais au prisme cette fois du militantisme. 120 battements par minute de Robin Campillo raconte en effet l'histoire de militants d'Act up dans les années 1990 dans un film choral, véritable chronique d'une époque et d'une lutte. En mettant en avant les débats des membres de l'association, en regard de leurs actions, le film dessine une multitude de parcours, de points de vue et de personnages. Le réalisateur, lui-même membre d'Act up dans les années 1990, portait ce projet depuis longtemps et y raconte certaines expériences qu'il a vécues. Le film, bouleversant, est une histoire d'amour et d'engagement dans le contexte tragique de la maladie et porte sur la solidarité au sein d'un groupe oublié par le reste de la société. Film d'époque certes, certaines de ses problématiques ne sont malheureusement pas non plus étrangères aux réalités actuelles.

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Crédit Photo : Claire Cornillon

 
Vendredi 19 mai - Netflix, les OGM et le droit des animaux
 
La salle était divisée ce matin avant même que le film ne commence. Un concert d'applaudissements et de huées a accueilli l'apparition du logo Netflix sur l'écran. Okja de Bong Joon Ho est en effet une production originale Netflix et ne sera pas diffusé en salle, image d'un bouleversement économique en cours dans le monde du cinéma qui suscite un grand nombre de polémiques. Un changement dans le règlement du festival empêchera d'ailleurs à partir de l'année prochaine qu'un film puisse concourir sans sortie en salle prévue en France. C'est en revanche une autre question brûlante du monde contemporain que le film coréen évoque : l'animal. Epopée émouvante de sauvetage d'un cochon géant mutant développé pour nourrir la planète de manière industrielle, Okja interroge le rapport à l'animal, l'industrie agro-alimentaire et les OGM. Des questions éthiques incontournables aujourd'hui. Servi par un casting prestigieux (Tilda Swinton, Paul Dano, Steven Yeun, Jake Gyllenhaal), qui entoure la jeune An Seo Hyun dans le rôle principal, le film apporte un peu de fraîcheur au sein d'une compétition parfois trop homogène.

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Jeudi 18 mai - Ouverture de la sélection Un Certain Regard
 
Ce soir, le jury de la section Un certain Regard, présidé par Uma Thurman, était réuni en salle Debussy pour son ouverture avec le nouveau film de Mathieu Amalric, Barbara. Loin du biopic traditionnel, Barbara a pour décor le tournage d’un film sur la chanteuse et devient ainsi tout autant un film sur le cinéma que sur l’interprète de « l’Aigle noir ». Le cinéma semble s’y définir comme cet art chimérique à la fois totalement vrai et totalement faux. Le film dessine des moments troublants d’entre-deux, oscillant entre la légende et le contemporain, entre le passé et le présent, entre le décor et la vie. L’on y oublie parfois être dans un film dans un film pour finalement être heurté par les coulisses, s’invitant soudain aux côtés d’un plateau qui semblait déborder sur le monde. Pourtant, Barbara semble dépassé par son concept et, si certaines scènes captivent dans leur autonomie, le film dans son ensemble peine à trouver sa voix.

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Cette 70e édition est l'occasion de replonger dans l'histoire du Festival de Cannes, mais aussi de regarder vers l'avenir. Le festival est confronté à de nouvelles problématiques qui ont fait l'objet de débats dès la conférence de presse d'annonce de la sélection. Le festival doit-il par exemple s'ouvrir aux séries télévisées, alors que de multiples événements autour de ce type de créations sont en train de voir le jour? La réponse de Thierry Frémaux était claire. Les séries présentées cette année (la troisième saison tant attendue de Twin Peaks de David Lynch et Top of the Lake de Jane Campion) le sont parce qu'elles sont le fait d'amis du festival. Qu'en est-il aussi des mutations des modes de production et de diffusion avec les nouveaux acteurs que sont Netflix ou Amazon? Le festival semble cette fois s'ouvrir à ces nouveaux enjeux. C'est donc le cinéma sous toutes ses formes que Cannes compte bien continuer à promouvoir, même si le festival persiste à proposer une sélection plutôt prévisible de grands habitués. Ce soir, c'est avec le film d'Arnaud Deplechin, Les Fantômes d'Ismaël, que s'ouvre cette 70e édition.
 
C. C. 
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À Cannes, mai 2017

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70e édition du festival de Cannes
Du 17 au 28 mai 2017