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TOUJOURS ENGAGÉ DANS DES PROJETS qui relèvent de l’essai ou du documentaire, Josh Neufeld définit son travail comme une forme de journalisme qui passerait par le medium de la bande dessinée. Suite à la parution de la traduction française de La Machine à influencer aux éditions Çà et Là, il était présent cette année au festival d’Angoulême. En 2012, il était déjà venu présenter A.D. : La Nouvelle Orléans après le Déluge, une bande dessinée consacrée aux ravages de l’ouragan Katrina. Avec ces deux ouvrages, Josh Neufeld entend mener une réflexion de fond sur le traitement médiatique des informations. Rencontre.
Par Fleur Kuhn-Kennedy & Daniel Kennedy 

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AUTANT QUE COMME UN DESSINATEUR, Josh Neufeld se considère comme un journaliste, revendiquant un rôle qui, parce qu’il s’incarne dans une forme encore en butte à de nombreux préjugés, est loin d’aller de soi pour le grand public - et, si on en croit l’auteur, pour le public américain moins encore que pour les lecteurs français. Il ne s’agit pas pourtant d’une voix isolée : dans un contexte où l’évolution des moyens de communication ne cesse de multiplier les mots et les images disponibles se développe un "journalisme graphique" qui, dans la mouvance de Joe Sacco, apparaît de plus en plus comme un moyen de mettre le réel en signes, de lui apposer des filtres capables de le faire signifier autrement que par l’accumulation de clichés photographiques, d’images filmées sur le vif et d’informations transmises en live. Certes, le dessin a toujours joué un rôle central dans la presse mais, alors qu’il s’est longtemps limité à une critique du monde politique et des institutions par le biais de la caricature, c’est- à-dire à une idée, à un message, condensés dans une unique image, une autre forme d’approche picturale de l’actualité se développe désormais en marge des grands organes de la presse, par le biais de dessins qui ont pour fonction d’en donner une narration complexe, documentée et approfondie.
 

Montage cinématographique

C'EST CE QUE FAIT Neufeld dans la plupart de ses réalisations, qu’il en soit l’unique auteur ou qu’il prête planches, bulles, crayon et savoir-faire à un projet qui a d’abord été celui d'un autre. Pour le dessinateur qui revendique son approche journalistique, il ne saurait y avoir de travail qui ne suppose une certaine forme d’engagement. Et même lorsque les images qu’il crayonne servent l’initiative d’une autre journaliste, comme c’est le cas dans La Machine à influencer, le fait même d’accepter de participer au projet suppose un certain degré d’implication, ainsi qu’une responsabilité assumée du contenu de l’ouvrage. C’est que le dessinateur de bande dessinée, même quand il n’est pas l’auteur des textes, n’est pas non plus un simple illustrateur, qui ajouterait des images à un produit fini : c’est l’enchaînement des images, la répartition des traits sur la page, qui donnent son rythme à la narration. Le dessinateur joue un rôle dans toutes les étapes du projet : il participe au scénario, segmente la narration, invente une manière d’inscrire le récit dans une succession de cadres, opérant ainsi une forme de découpage séquentiel qui ne va pas sans rappeler la technique cinématographique du montage.

DANS LA MACHINE À INFLUENCER, donc, ce n’est pas Josh Neufeld qui parle, mais Brooke Gladstone, une journaliste spécialiste des médias qui raconte au lecteur une histoire de la diffusion, de la réception, voire parfois de la censure de l’information aux États-Unis. C’est elle qui apparaît sur la couverture, munie d’un micro qui, avant même qu’elle ne commence à parler, invite à l’écouter. C’est elle qui prononce les premiers mots de l’ouvrage. Et c’est elle qui, pour chaque période historique, commente le comportement de la presse, des autorités politiques et du public. Pourtant, si le dessinateur n’est pas présent en tant que personnage, c’est bien lui qui tire les ficelles de l’histoire et crée le flux visuel auquel le contenu verbal s’associe. Sans lui, la narratrice n’aurait pas de visage, ses paroles auraient moins d’épaisseur, la densité du message ne s’incarnerait pas en une représentation visuellement condensée. Bien que silencieux, il s’exprime dans le choix même de s’associer au projet et, ce faisant, prend au même titre que l’auteur la responsabilité de ce qui est énoncé dans l’ouvrage.


Collecte de données

DANS CERTAINS PROJETS plus personnels, il arrive même que cette implication s’affiche par la présence d’un dessinateur qui n’est plus seulement la main invisible du destin de ses protagonistes, mais se fait personnage lui-même. Physiquement présent au récit, il s’y implique en tant qu’être social, observe de l’intérieur la réalité qu’il décrit, sans toujours adopter le regard en surplomb de celui qui se donne pour tâche d’en analyser les mécanismes. Il en va ainsi dans A few perfect hours, œuvre où l’auteur racontait ses voyages de jeunesse en Asie du sud-est et en Europe centrale. Publiée en anglais, cette BD Josh Neufeld, journalisme, bande dessinée, festival, Angoulême, portrait, interview, analyse, enquête, médias, journalisme, traitement, machine, influencer, bande, dessinée, bd, dessin, dessinateur, image, 2015, katrina, ouragan, cyclone, technologies, citation, imageautobiographique n’a jamais trouvé preneur parmi les éditeurs européens, qui allèguent la naïveté du regard du voyageur sur les mondes qu’il traverse. "Mais justement, précise Neufeld, c’était quelque chose de voulu. Je voulais être honnête, je ne voulais pas me donner l’air plus intelligent que je ne suis en proclamant de grandes théories sur des sujets que je ne maîtrise pas." Là où il n’était pas tant question de faire œuvre journalistique que de raconter une expérience personnelle, la figuration de soi permettait de recadrer le regard, de ramener les paysages et les réalités montrées aux proportions d’un itinéraire personnel, dont la fonction n’est pas d’énoncer de grandes vérités sur le monde mais de partager un cheminement.

DANS TERMS OF SERVICE, le dernier opus de Josh Neufeld réalisé en collaboration avec Michael Keller (journaliste de la section américaine d’Al Jazeera), la présence des deux auteurs en tant que personnages de leur propre œuvre prend en revanche une toute autre dimension. Alors qu’ils s’interrogent sur la collecte de données personnelles par les ressources web, applications et autres gadgets électroniques, ils donnent à voir, non sans une certaine autodérision, l’usage qu’ils en font eux-mêmes. Si l’utilisation de Google suppose le scannage mécanisé des mails à des fins publicitaires, si Facebook fonctionne sur le principe du partage volontaire et public d’un certain nombre d’informations personnelles, ils évoquent également d’autres dispositifs, encore peu répandus en Europe, qui supposent de se promener partout avec un robot collé aux basques. Fitbit, par exemple, est un outil qui évalue l’activité physique de l’usager en fonction de son nombre de pas quotidiens et de ses heures de sommeil. Foursquare permet à chacun de signaler sa présence dans un endroit donné en utilisant la fonction check in de l’application, ce qui, outre la possibilité ludique de devenir le "maire" virtuel du lieu visité, permet de profiter de promotions dans certaines enseignes commerciales. Progressive Snapshot, pour finir, est un appareil confié aux conducteurs de véhicules dans la perspective d’évaluer leur comportement au volant et, ce faisant, de proposer des tarifs d’assurance plus attractifs à ceux dont la conduite apparaît la moins risquée.


Modeler son propre visage

MICHAEL KELLER ET JOSH NEUFELD, tout en enquêtant sur les collectes massives de données du point de vue des spécialistes actuels de la question, tout en s’efforçant d’analyser les risques et les problèmes éthiques liés à la généralisation de ces pratiques, se mettent également en scène en tant que consommateurs de ces nouveaux outils. Les journalistes sont des êtres de leur temps et s’ils sont capables de critiquer sur le plan théorique les mécanismes qui sous-tendent ce système d’auto-traquage, les exigences pratiques et sociales font qu’ils cèdent aux compromis qu’ils impliquent. La réflexion n’émane donc pas d’un discours désincarné : elle prend la forme d’un dialogue entre le dessinateur, qui utilise assidument tous les instruments collecteurs de données, et son acolyte, qui ne cesse de l’inviter à réfléchir aux conséquences possibles de ces nouveaux usages et à la manière dont le choix qu’il fait de s’y prêter peut affecter d’autres gens. Ainsi, tandis que le professeur Scott Pepper leur explique la responsabilité de chacun dans le processus de normalisation du partage des données ("une fois qu’il se trouve suffisamment de gens pour révéler leurs informations personnelles, le fait de ne PAS les révéler devient Josh Neufeld, journalisme, bande dessinée, festival, Angoulême, portrait, interview, analyse, enquête, médias, journalisme, traitement, machine, influencer, bande, dessinée, bd, dessin, dessinateur, image, 2015, katrina, ouragan, cyclone, technologies, citation, image, neufeld, joshstigmatisant"), on voit Michael Keller lorgner d’un air réprobateur sur son coéquipier dont le Smartphone semble en permanence connecté à Foursquare. Et pourtant, même ce chantre sans compromis de la préservation de la vie privée, incarnation de l’esprit critique tout au long de la BD, finit par céder aux sirènes de la technologie quand cela lui permet de profiter d’une promotion sur ses hamburgers préférés.

LE PROCÉDÉ, S'IL EST LUDIQUE et invite le lecteur à s’identifier au dilemme des deux journalistes, ne va pas tout à fait sans rappeler les mises en scène de soi par lesquelles, selon danah boyd (chercheuse en sciences sociales qui tient à voir son nom écrit sans majuscules), l’individu s’assure de maîtriser le récit de son histoire sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, explique-t-elle, certains adolescents postent des images peu reluisantes d’eux-mêmes afin d’éviter que leurs amis ne le fassent avant eux : c’est une manière de garder le contrôle, par anticipation, sur la représentation de soi et sur les récits qui y sont associés. De même, le problème majeur que suscite la collecte massive de données personnelles est le pouvoir qu’elle donne à de grands groupes et à des institutions de dresser un portrait, de définir la personne concernée à partir d’une certaine lecture de ces données : "Chaque point en soi ne signifie pas grand chose, mais les points se trouvent ensuite connectés entre eux par des individus et des ordinateurs qui écrivent leurs propres histoires, et quand de plus en plus de compagnies collectent de plus en plus de points, qui sait comment elles les connectent". Pour illustrer ce propos : une nuée de points sur fond noir, peu à peu reliés par des lignes qui rappellent la manière dont on regroupe les étoiles en constellations, forment un tracé dépourvu de signification, puis le début d’un visage, avant de se constituer en une image de Michael Keller qui s’exprime à sa place. Dès lors qu’il cède à de grandes entreprises le pouvoir de s’échanger des données le concernant, "c’est elles qui ont la possibilité de définir qui je suis". Se dessiner, alors, ou se raconter dans une histoire, même sans se présenter sous son meilleur jour, est une manière de modeler soi-même son visage, de choisir les traits à souligner ou à estomper, de se dire tel que l’on se voit, sans réduire son identité morale et sociale à une constellation de points informatiquement connectés.



Cadrage

EN TANT QUE MOYEN de raconter des histoires en images, la bande dessinée devient, lorsqu'elle est utilisée à des fins journalistiques, un outil documentaire. Certes, le dessin est toujours une création de l'imagination ; certes, on peut dessiner des choses qui n'ont pas eu lieu ; mais, à l'ère de Photoshop, alors qu'il est devenu très facile de falsifier clichés photographiques et vidéos, ces images qui se donnent pour ce qu'elles sont peuvent paradoxalement devenir plus fiables que celles qui prétendent fournir au public un enregistrement objectif de la réalité. Il faut rappeler que toute image, même non altérée, même quand elle n'est pas mise en scène ou sciemment détournée, relève d'une interprétation des faits. Le cadrage, le montage, le choix même de montrer cette image-là plutôt qu'une autre, d'isoler tel instant dans le flot ininterrompu des événements ou de mettre en relation tel et tel fragments de réalité supposent un premier travail d'organisation narrative qui oriente la signification dans la direction que lui impulse celui qui a produit les images en question. C'est la leçon que donnent Brooke Gladstone et Josh Neufeld dans La Machine à influencer : l'image, diffusée à l'envi sur les chaînes de télévision américaines et même internationales en 2003, de la destruction de la statue de Saddam Hussein en Irak, n'avait pas la signification que les médias lui ont donnée. Outre le fait qu'il ne s'agissait nullement d'un acte spontané mais d'une mise en scène symbolique, le plan rapproché donnait l'impression d'une foule bien plus importante que le nombre d'Irakiens effectivement rassemblés. Le dessin de Neufeld, loin de trahir la réalité, rétablit ce que les journalistes alors présents n'ont pas filmé, ou pas montré : une vue d'ensemble de la place clairsemée.

DANS LA MESURE où les traits d’encre ne sont pas des émanations directes de la réalité, ils induisent naturellement une certaine distance entre l'observateur et les faits qui lui sont livrés. Si bien que le dessin, moins propice à provoquer l'illusion d'authenticité, contribue à garder en éveil le sens critique du lecteur. Ni celui qui produit les images ni celui qui les observe ne prend la représentation graphique pour argent comptant et, l'effet de sidération contourné, une approche réfléchie de l'événement, ainsi que des fantasmes et des significations qui lui sont associés, peut voir le jour. Pour cela, bien sûr, le journaliste graphique doit se soumettre à une certaine éthique. "Jamais, dit Neufeld, je ne mettrais dans la bouche de quelqu'un des paroles qu'il n'a pas prononcées. Jamais je ne le placerais dans un endroit où je sais qu'il n'était pas. Je peux, tout au plus, paraphraser certaines affirmations, mais il y a des frontières éthiques que je ne m'autorise pas à franchir."


Tornade

AD: LA NOUVELLE-ORLEANS APRÈS LE DÉLUGE est, en ce sens, une parfaite illustration des possibilités que la bande dessinée ouvre au travail du journaliste, si tant est que celui-ci accepte la responsabilité de ce qu'il dit et montre par ses dessins. Après la catastrophe de l'ouragan Katrina, Josh Neufeld s'est rendu sur place, a rejoint bénévolement une de ces organisations de secours qui, devant la négligence de l'État, constituaient le principal vecteur de l'aide aux victimes. Pendant cette période, il tient un blog dans lequel il témoigne de ce qu'il voit et vit au quotidien. Mais dans la bande dessinée qu'il publie quelques années plus tard, il n'est plus question de son expérience personnelle. S’il est présent, de manière épisodique, dans les dessins, c’est seulement en tant que journaliste qui intervient de manière rétrospective. Son rôle est de laisser parler les habitants de la Nouvelle-Orléans qui, tous, ont dû affronter Josh Neufeld, journalisme, bande dessinée, festival, Angoulême, portrait, interview, analyse, enquête, médias, journalisme, traitement, machine, influencer, bande, dessinée, bd, dessin, dessinateur, image, 2015, katrina, ouragan, cyclone, technologies, citation, image, neufeld, joshl'annonce de l'ouragan, ses ravages, la perte de leur maison et de leurs possessions, l'abandon des autorités. Le dessinateur met des images sur leurs mots et, ce faisant, recrée leur passé par l'imagination, donne à penser ce qui a eu lieu par la création d’images qui, tout en faisant apparaître sur le papier des scènes qui n'existent plus que dans la mémoire des témoins, révèlent des représentations et des associations qui se nouent en deçà de l’interprétation consciente de l’impression rétinienne par le cerveau. Quand Neufeld dessine l'eau tourbillonnante d'une chasse d'eau, il ne fait qu’illustrer un geste anodin, si parfaitement inscrit dans le quotidien qu’il passerait habituellement inaperçu. Pourtant, associée à la menace de la tornade, mise sur le même plan que l'image apocalyptique de Katrina dévastant la ville, cette eau tournoyante perd de sa familiarité pour devenir le signe de forces inquiétantes.

L'INFORMATION, QUAND ELLE SE MANIFESTE sous cette forme graphique, représente la réalité tout en proposant un début d'analyse par l'image. Analyse non seulement des événements, mais aussi de ce qu'ils suscitent en nous, de la manière dont nous investissons de sens les stimuli visuels. Analyse, en somme, de notre lecture des signes et des images. Certes, de telles réalisations nécessitent du temps : le temps du dessin, le temps de l'enquête, de la maturation, de la réflexion, le temps de transformer les événements en récit. Mais si le journalisme graphique se prête mal à la production d'un flux continu d'informations, il n'a en revanche rien à envier aux instruments narratifs habituels pour ce qui est de l’analyse de fond, et se présente même comme un espace privilégié de réflexion sur les médias, dont il est à la fois une manifestation graphique et une possible conscience critique.

D.K. et F.K.
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à Angoulême, février 2015

La Machine à Influencer, Bande dessinée de Brooke Gladstone et Josh Neufeld
Editions ça et là
22 €
Avril 2014

 
 



CET ARTICLE FAIT PARTIE DU DOSSIER ANGOULEME 2015

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Crédits images : ©Josh Neufeld and Al Jazeera America, LLC. & ©Josh Neufeld and Brooke Gladstone