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CE N'EST PAS POUR RIEN QUE, pendant toute la durée du Festival de la bande dessinée d'Angoulême, la place New York est rebaptisée "Nouveau Monde". Territoire d'exploration, longue enfilade de stands où fermentent les créations les plus novatrices et les productions les plus originales en BD, c'est là que se concentrent les éditeurs dits "alternatifs", la création qui expérimente. Parmi eux, les éditions Polystyrène, une maison dont la ligne éditoriale se situe dans la mouvance de l'OuBaPo - Ouvroir de Bande dessinée Potentielle.
 
Par Fleur Kuhn-Kennedy & Daniel Kennedy  

QUELQUES MÈTRES CARRÉS, blottis sur le flanc de l’imposant stand de L’Association : cette année, les éditions Polystyrène n’avaient pas l’espace de leur côté. Mais c'est l’originalité de leurs publications qui a piqué la curiosité des badauds. Tant et si bien que pour voir ce qui attirait tellement l’attention, il a fallu se frayer un passage jusqu’à Ludovic Rio, membre fondateur de la maison. Pendant que deux des ses coéquipiers réalisaient des dédicaces à quatre mains pour Polychromie, Ludovic présentait aux éditions, Polystyrène, livre-objet, livre, objet, bd, bande-dessinée, original, festival, international, angoulême, 2015, oubapo, georges perec, thomas et manon, heavy toast, polychromie, ouvragepassants les différents titres. Créées en 2010 à l’initiative d’un groupe d’anciens étudiants de l’École supérieure de l’image d’Angoulême, les éditions Polystyrène comptent six membres, tous à la fois auteurs, dessinateurs et éditeurs. Leur ambition : créer un espace éditorial qui s’emploie à renouveler les formes, les supports et les habitudes narratives en usage dans le domaine de la BD.


Out of the box
 
SI LE PROJET DE POLYSTYRÈNE est affaire d’innovation éditoriale autant que graphique et scénaristique, c’est que les fondateurs de l’association entendent transformer le livre en tant qu’objet, transgresser les règles de lectures, l’enchaînement des pages, la sage disposition des cases de gauche à droite et de haut en bas pour créer des supports tout aussi ludiques et plastiques que les histoires dont ils sont le medium. Les "livres" de Polystyrène peuvent prendre des formes diverses : des traditionnels cahiers brochés au cube cartonné, en passant par le dépliant, ces récits sont aussi des objets à regarder, à toucher, à manipuler. Loin de toute inertie, le livre est sujet aux métamorphoses : il se déforme et se reforme entre les mains de son lecteur, qui le fabrique un peu à mesure qu’il l’explore.

IL EN VA AINSI DE LAYERS, livre de Florian Huet où, s’il s’agit bien de tourner des pages, chaque nouveau dessin transforme le précédent : les feuillets troués, au lieu de se recouvrir complètement les uns les autres, se recadrent, inventent du neuf avec du déjà-vu. Autre livre à entrées multiples : Heavy Toast, de Pierre Jeanneau, un récit de science fiction dont les planches deviennent des feuilles volantes dont l’ordre est indéfiniment recomposable. Et dans le dernier opus de la maison, Thomas et Manon, co-signé par Alex Chauvel et Rémi Farnos, la subversion du format va encore plus loin : le livre a cédé le pas à une boîte de 200 cartes, dont chacune est à la fois une vignette de la BD et un arpent de l’île où prend place l’histoire. La boucle du fond et de la forme se trouve ainsi bouclée, doublant l’espace symbolique de la narration de sa représentation géographique et physique : au fur et à mesure que le lecteur dispose les cartes, il progresse dans l’histoire, dresse la topographie de l’île en même temps qu’il trace le chemin des personnages, et crée ainsi un espace narratif dont les potentialités ne s’épuisent qu’une fois la dernière carte posée. L’histoire, alors, n’est pas que mots et images : elle est matière, elle est lieu, elle occupe un périmètre dont les contours varient et se redessinent en fonction des péripéties qu’elle déploie.



Un jeu qui se joue à deux

éditions, Polystyrène, livre-objet, livre, objet, bd, bande-dessinée, original, festival, international, angoulême, 2015, oubapo, georges perec, thomas et manon, heavy toast, polychromie, ouvrageET PUIS IL Y A POLYCHROMIE, ouvrage collectif dont les quinze auteurs signent chacun une histoire différente. Cette fois-ci, l’objet est bien conçu comme un livre : à première vue, rien qui ne déborde ou ne se déplie. Mais une fois les pages ouvertes, surprise : les images sont indéchiffrables sans les deux accessoires livrés avec le volume - un filtre rouge et un bleu. Sans eux, une superposition d’images cryptiques, esthétiques pour certaines, mais qui ne se constituent pas en récit. Une fois les filtres posés, la plupart de ces nouvelles graphiques racontent deux histoires, selon la couleur que le lecteur choisit de leur donner : parfois deux récits distincts, parfois deux versants, ou deux alternatives, d’une même histoire. Seul le chapitre de Rémi Farnos nécessite un constant va-et-vient entre les filtres, puisque la page rouge y est invariablement la suite de la page bleue. Le but de ces expérimentations est de renouveler l’édition autrement que par le numérique, en inventant des histoires qui, pour exister, nécessitent le papier, et où l’objet palpable s’inscrit à part entière dans l’œuvre et dans l’intrigue.

L'ÉCRIVAIN GEORGES PEREC disait qu’"écrire est un jeu qui se joue à deux, entre l’écrivain et le lecteur – sans qu’ils se rencontrent jamais". Lire, c’est créer dans les pas d’un autre, s’allier à un auteur qui pose les règles avec lesquelles on va jouer, en un pacte qui rappelle celui du faiseur et du poseur de puzzles, ou le chassé-croisé du cruciverbiste attaché à son verbicruciste. Ce jeu participatif, qui sort le lecteur de son rôle passif, les éditeurs-auteurs-dessinateurs de Polystyrène le poussent aussi loin que possible dans leurs ouvrages, invitant à créer et recréer l’histoire sans cesse. Tous leurs récits, ou presque, sont à choix multiples, ne serait-ce que parce qu’ils défient la chronologie et invitent le lecteur à prendre toutes les libertés. Défait du carcan de la linéarité, ce dernier peut naviguer entre les images comme il le souhaite, prendre le livre par le milieu, le début ou la fin, signer le coup de départ ou le coup d'arrêt, voire prolonger l’histoire indéfiniment.


Lectures à contrainte

QUE CE SOIT AVEC HEAVY TOASTThomas et Manon, ou même Polychromie, le lecteur est confronté à des œuvres qui ne s’achèvent que dans le travail de la lecture, devenu élément à part entière du processus de création. De même pour La Véridique Aventure d’un e-mail, autrement appelé La Véridique destinée d’un message livré à lui-même, lancé à l’aventure d’un bout à l’autre du monde, héroïque figure des temps modernes, commune et méconnue : l’e-mail (co-édité avec The Hoochie Coochie)Titre à rallonge pour une histoire à tiroirs, l'objet se présente comme une page à plier et déplier, les différentes combinaisons permettant d’obtenir autant de variantes d’un même récit. Suivant les principes de l’OuBaPo, rendus célèbres par les cinq volumes d’Oupus publiés par L’Association depuis 1996, les auteurs de Polystyrène inventent des écritures à contrainte qui sont aussi des lectures à contrainte. Partant, lire n’est plus une activité solitaire, réduite à une intimité avec les mots et les images d’un dessinateur absent : le jeu peut se jouer à plusieurs, s’étaler sur la table ou sur le mur comme une carte géographique. Si bien que les éditions, Polystyrène, livre-objet, livre, objet, bd, bande-dessinée, original, festival, international, angoulême, 2015, oubapo, georges perec, thomas et manon, heavy toast, polychromie, ouvragelecteurs jouent un rôle graphique autant que narratif ; inventant l’itinéraire des personnages, ils créent aussi une forme, un dessin dont ils ont eux-mêmes tracé la géométrie, défini le cadre et accordé les couleurs. L'imagination au pouvoir, la main à la pâte.

D.K. & F.K.
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à Angoulême, février 2015

Heavy Toast, de Pierre Jeanneau
Editions Polystyrène
10€

Thomas et Manon, d'Alex Chauvel & Rémi Farnos

Editions Polystyrène
Sorti en mars 2015

Polychromie, ouvrage collectif
Editions Polystyrène
25€
 
La Véridique destinée d’un message livré à lui-même, lancé à l’aventure d’un bout à l’autre du monde, héroïque figure des temps modernes, commune et méconnue : l’e-mail, d'Olivier Philiponneau et Alain Enjary
A découvrir ici 
 
 




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